La littérature cyborg à l’ENS Ulm

Sur invitation de Luce Roudier et dans le cadre du séminaire d’élève de l’ENS: « Mauvais goût? Mauvais genre?« , j’ai eu le plaisir de présenter mes recherches doctorales.

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Posthumain et subjectivités numériques

Colloque de Cerisy du jeudi 23 juin (19h) au jeudi 30 juin (14h) 2016

Sous la direction de Sylvie BAUER, Claire LARSONNEUR, Hélène MACHINAL et Arnaud REGNAULD

La question du posthumain s’invite depuis quelque temps dans la recherche universitaire, que celle-ci se concentre sur les sciences humaines ou sur les sciences dites dures, mais aussi dans le domaine de l’art. Le développement de l’informatique, du numérique et des biotechnologies invite à (re)penser l’humain et les idéaux humanistes, lorsque, dès le début d’un questionnement sur ce qu’humain signifie, le corps biologique s’augmente d’une conscience, puis d’un rapport croissant à la machine et à la technologie. En d’autres termes, s’il s’agit de cerner le devenir de l’humain en tant que corps lié à une conscience, il s’agit également de considérer la question du sujet non comme singularité isolée, mais comme forme inachevée et hybride, en constante métamorphose. Le développement du numérique amène alors à se poser la question de cette nouvelle subjectivité en rapport étroit avec les réseaux qui se donnent comme autant de prothèses quotidiennes (montres connectées, internet, clavier d’ordinateur, téléphone « intelligent »). Alors que le sujet laisse des traces dans l’univers numérique et qu’il est lui-même traçable, on peut s’interroger sur son autonomie, sa capacité à s’extraire, tant physiquement que virtuellement, des réseaux qui jalonnent et construisent le monde contemporain. On peut se demander quelle subjectivité se construit lorsque l’homme de chair et d’os se double d’avatars dans le monde virtuel et pourtant bien réel du numérique.

Ce colloque envisagera, avec le concours de chercheurs, théoriciens, écrivains et plasticiens, la manière dont l’humain se construit dans le rapport à la machine et il se posera, notamment, les questions suivantes. À l’ère d’un développement sans précédent du numérique, comment l’humain se définit-il? Que signifie le posthumain dans un processus de développement technologique inhérent à la condition humaine, lorsque le corps s’augmente de prothèses et lorsque la pensée s’articule avec les évolutions de la machine? Quelles conceptions du sujet, l’écriture, les arts, la philosophie permettent-ils de faire émerger à l’ère du numérique? Dans la même perspective, il s’interrogera: comment les grands récits mythiques qui définissent la condition humaine nourrissent-ils l’imaginaire? Sont-ils, en retour, élaborés dans un rapport étroit avec les agencements machiniques de l’imaginaire scientifique contemporain? Les lectures croisées de la science, de la littérature, du numérique viendront nourrir la réflexion sur les nouvelles formes de discours, d’expression et de relation au monde.

Conférences, communications universitaires et performances artistiques permettront sinon de répondre à ces questions du moins de les poser dans des approches variées qui s’intéresseront au langage, au cinéma, à la littérature, aux arts… Les participants viennent d’horizons divers (artistes, spécialistes de littérature, de philosophie, d’arts plastiques et visuels, chercheurs confirmés, doctorants) et souhaitent réfléchir ensemble et avec un public non nécessairement averti sur les modalités d’appréhension de l’humain à l’ère du numérique. L’objectif est de développer un dialogue entre les sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, étude des médias) et les arts (lettres, arts plastiques ou films).

Programme en ligne 

Sujet de ma communication:

Les amours reliées au cinéma

Comment représenter dans l’écran de cinéma, ces nouveaux écrans qui interfacent bien des domaines de nos vies, y compris nos relations avec autrui ? Telle sera la question de départ de notre communication. En nous appuyant sur un corpus de films composé du court métrage Noah de Patrick Cederberg et Walter Woodman et de Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders, nous nous intéresserons aux représentations cinématographiques de ces relations amoureuses qui se construisent par écrans interposés. Ce qui frappe de prime abord dans ces deux films est l’omniprésence des dispositifs écraniques quand les corps, eux, sont absents. Thomas et Noah dans leurs films éponymes ne sont jamais présents physiquement à l’écran puisque l’intrigue se construit tout entière via les écrans de leurs ordinateurs. Ces absences, paradoxales du point de vue médiatique –puisque le cinéma est un média visuel– et thématique  –comment construire une relation amoureuse sans corps ? –, interrogent le rôle du corps dans la construction de ces subjectivités digitales comme dans nos relations interpersonnelles médiatisées.

Nous analyserons ce jeu d’absence et de présence du corps et de l’écran.

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Liber Numericus: du 10 Juin au 3 juillet à Stereolux

A l’heure où l’hégémonie du livre est troublée par le numérique, cette exposition propose d’offrir un instantané de la période inédite que nous vivons en présentant des œuvres à la croisée de deux mondes : celui du livre et celui du numérique.

Liber Numericus rassemble, pour la première fois, de nombreuses pièces prêtées par des galeries prestigieusesrelevant du champ de l’art plastique mais également des œuvres virtuelles (applications, œuvres hypermédiatiques).

Selon Albert Fiz, historien de l’art contemporain, « le livre n’a jamais autant retenu l’attention des artistes plasticiens ». C’est ce que cherche à montrer cette exposition : la mise en relation du livre avec le numérique s’avère propice aux créations originales.

Parmi les artistes plasticiens exposés

* Masaki Fujihata [JPN– Anarchive n°6

Cette première monographie consacrée à Masaki Fujihata donne accès à l’ensemble de son œuvre. Un nouveau genre de livre : un classeur, l’archétype même du dossier d’archives intègre un système de Réalité Augmentée. Un livre physique et des données numériques sont connectés, permettant de lire des vidéos ou des simulations 3D. Sous la direction de Anne-Marie Duguet.

* Airan Kang [KOR] – Hyper Book

Les Hyper Books d’Airan Kang démontrent que le livre peut absorber le numérique pour devenir une forme hybride. Ces créations plastiques incarnent pleinement les livres enrichis qui se développent depuis quelques années.

Airan Kang, Hyper Open Book (Lord Byron) at Bryce Wolkowitz Gallery from Bryce Wolkowitz Gallery on Vimeo.

* Kyle Bean [GB] – The Future of Books

Alliant les deux sources principales auxquelles nous puisons nos informations, Kyle Bean crée un nouveau concept d’ordinateur-livre ou de livre-ordinateur. Il souligne de ce fait la capacité du livre et du numérique à cohabiter, voire à se compléter.

Et aussi : Carole Brandon · Jesse England · Florent Lagrange · Nemanja Nikolic · Various Artists · Waldek Węgrzyn

Une LiberNumericusothèque : livres, applications et œuvres hypermédiatiques

L’exposition proposera également la consultation de livres qui thématisent, intègrent et jouent de la culture numérique, mais aussi des applications et œuvres hypermédiatiques.

L’Apprimerie · Byook · Les éditions volumiques · Jean Boite Editions · Moonbot Studios · Professeur Cyclope · Studio LA…

Liber Numericus : le point de départ d’un cycle de recherche autour de la relation livre et numérique

Pour éclairer les différentes problématiques soulevées, trois événements proposent un échange avec des chercheurs et experts du livre, de l’art contemporain et de la cyberculture :

  • Jeu 9/6 : Conférence « Les imaginaires du livre dans la culture contemporaine » avec Lorenzo Soccavo, chercheur et conseil en prospective du livre  >> + infos
  • Mer 22/6 : Table-ronde « Pratiques éditoriales expérimentales » avec Julie Guilleminot de l’Apprimerie, Guillaume Vissac de Publie.net et François Millet de Relais d’Sciences, responsable du projet Nouvelle Page >> + infos
  • Ven 24/6 : Workshop « Nouvelles écritures numériques » avec Raphaël Lerays, dessinateur et scénographe et Laurent Malys, développeur >> + infos

Le Laboratoire Arts & technologies prolongera ses travaux sur cette thématique par le biais d’un living lab lors de la saison prochaine.

 

Une exposition conçue par Anaïs Guilet, Soline Haudouin, Aurélie Tiffreau et Stereolux

* Avec l’aimable collaboration du ZKM, du Center for Art and Media Karlsruhe, de la Galerie Dix9 Hélène Lacharmoise et de GALLERIA CONTINUA, San Gimignano / Beijing / Les Moulins / Habana

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Montage/Démontage/Remontage, un nouveau numéro de la revue Textimage

Le dernier numéro de la revue Textimage vient de paraître.

Il est consacré aux actes du colloque « Entre textes et images: montage/démontage/remontage », organisé à Lyon les 20, 21, et 22 novembre 2014 par Jean-Pierre Esquenazi, Olivier Leplâtre et Aurélie Barre

J’y propose un article intitulé: « Remix Gogol : L’adaptation hypermédiatique du Journal d’un fou par Tom Drahos »

Résumé:

Dans l’œuvre hypermédiatique sur CD-ROM Le journal d’un fou[1], Tom Drahos réalise une adaptation du texte de Nicolas Gogol, qu’il fait cohabiter avec des images, des vidéos et des animations mais aussi avec d’autres textes, tous issus du Web. Pour Drahos, le champ littéraire est un terrain fécond d’expériences plastiques. Son œuvre est le résultat d’une remédiatisation, d’un remontage, où le texte de Gogol reste littéralement présent puisqu’ il est lu par une voix-off, dans sa traduction française et en une version légèrement tronquée. Ainsi, le texte original n’est pas complètement substitué à l’image ou transformé en simple scénario, comme pour les adaptations cinématographiques : il est mis en présence. Dans « Hybridation et métissage sémiotique : l’adaptation multimédiatique », Denis Bachand déclare :

[…] la nouvelle hybridation technologique favorise l’intermédialité d’un nouvel art polyphonique où les signes typiques échangent attributs et fonctions sous la gouverne de l’hypertextualité. L’image se parcourt comme un texte qui articule un système d’indices et le texte se pare des attributs de l’image en devenant icône, voie de passage sensible, « activée », vers d’autres sites, intertextualisés.[2]

L’objectif de notre communication sera de montrer comment cette nouvelle polyphonie s’instaure dans le dispositif original proposé par Drahos dans son Journal d’un fou. Ce-dernier, en tant que tiers interprétant[3], nous propose avant tout une lecture de l’œuvre de Gogol dont le sens se voit détourné par l’hypermédia en même temps que sa puissante actualité est révélée par la remédiatisation. L’œuvre de Drahos n’est pas une illustration du texte de Gogol, mais une création à partir du Journal d’un fou : une œuvre où tous les médias dialoguent, formant un iconotexte, que l’on pourrait qualifier d’augmenté. En effet, ce ne sont plus seulement le texte et les images qui interagissent, mais aussi le son et le mouvement. L’iconotexte augmenté n’étant alors qu’une autre manière de décrire ce qu’est une œuvre hypermédiatique.

En plus du Journal d’un fou de Gogol, Tom Drahos effectue un remontage d’autres textes dont il n’explicite à aucun moment la provenance. Ce n’est qu’au prix d’une enquête menée grâce aux moteurs de recherches sur le Web que nous avons découvert qu’ils provenaient de sites comme  lesnouveauxesclaves[4]  ou  FunnyNews[5], ou encore du livre de Laurent Chemla, Confessions d’un voleur : Internet, la liberté confisquée[6]. L’étude de ces sources révèle des problématiques communes à l’œuvre de Gogol : elles sont souvent politiques et traitent de l’homosexualité, de la liberté, du cyberespace et de ses utopies. Dans Palimpsestes, Gérard Genette qualifie d’art du bricolage le travail hypertextuel d’adaptation et de recyclage, qui permet de faire du neuf avec du vieux.

(…) l’art de « faire du neuf avec du vieux» a l’avantage de produire des objets plus complexes et plus savoureux que les produits « faits exprès » : une fonction nouvelle se superpose et s’enchevêtre à une structure ancienne, et la dissonance entre ces deux éléments coprésents donne sa saveur à l’ensemble.[7]

C’est à un tel art du bricolage que s’adonne Drahos, permettant alors de repenser le texte de Gogol et de favoriser l’émergence d’une nouvelle interprétation. Le plasticien construit ce jeu de remontage dans un hypermédia et puise ses hypotextes dans la culture classique, dans ses archives personnelles dont il tire les photographies et les vidéos, mais aussi sur des sites Web. Par ce jeu, à la fois transtextuel et intermédiatique, il fait entrer le texte de Gogol dans la cyberculture, une culture qui affectionne le sample et le remix. Drahos l’explicite lui-même :

La culture du sampling et du recyclage à l’infini fait partie de notre époque. Sans doute, est-ce là une façon de vivre la réalité et une manière de concevoir notre monde. Grâce à ces images et à ces sons recyclés, je pense qu’il y a ici quelque chose de très grisant qui se joue.[8]

La littérature consacrée se mêle au Web et sa culture participative en même temps qu’elle devient l’objet d’un travail plastique. À l’ère du copier-coller, la question du plagiat est mise en jeu et en lumière. Ce jeu référentiel peut être rapproché de ce que Raymond Federman dans « Imagination as Plagiarism [an Unfinished Paper...] » appelle le PLAYGIARISM :

Text is in fact always a pre-text, that is a text waiting indefinitely to be completed by the reading process. It is a MONTAGE/COLLAGE of thoughts, reflections, meditations, quotations, pieces of my own (previous) discourse (critical, poetic, fictional, published and unpublished)… for PLAGIARISM read also PLAYGIARISM.[9]

Le PLAYGIARISME correspond ainsi à la réutilisation intentionnelle, conceptuelle et ludique de matériaux préexistants. Il semblerait alors que toute lecture, ainsi que tout travail d’adaptation, de citation, de réappropriation engageant une dimension intertextuelle, impliquent aussi, dans une certaine mesure, ce jeu de plagiat. Drahos construit ainsi une pratique créative qui s’inscrit dans la culture du remix telle qu’elle est théorisée dans Remixthebook par Mark Amerika, dont le leitmotiv est « Source Material Everywhere ».


[1] Drahos, Tom. Le journal d’un fou. CD-ROM. Rennes : ERBA, 2005.

[2] Bachand, Denis. « Hybridation et métissage sémiotique : l’adaptation multimédiatique. » Applied semiotics/ semiotique appliquée. Vol. 4, n° 9, 2000, p. 57-58. En ligne, consulté le 8 septembre 2009.

[3] Voir : Clerc, Jeanne-Marie et Carcaud-Macaire, Monique. L’adaptation cinématographique et littéraire. Paris : Klincksieck, 2004, p. 92. « La notion de tiers interprétant désignera donc ainsi un espace de médiation dynamique qui gère l’opération de lecture du texte support précédent l’adaptation, et l’opération d’écriture du film lui-même. (…) Le mécanisme de réglage que constitue le tiers interprétant déconstruit le texte premier et le redistribue, par l’intermédiaire d’un nouveau médium, l’image, en matériau constitutif d’un nouveau texte et de nouvelles formes signifiantes : le film. Il s’agit donc bien d’un espace de médiation, générateur d’altérité essentielle. Mais médiation dynamique car les données formelles, les représentations et les discours s’y structurent en se restructurant. »

[4] En 2005, date de création du Journal d’un fou de Drahos, ce site était accessible à l’adresse : http://monsite.wanadoo.fr/lesnouveauxesclaves.html, qui aujourd’hui n’est plus disponible, sauf grâce au site d’Internet Archive et la Wayback Machine, consulté le 16 août 2012.

[5] Le site, créé en 2002, propose un mélange de retranscriptions de dépêches de presse et de commentaires ironiques personnels, sur des sujets variés souvent décalés mais aussi parfois politiques.

[6] Le livre a paru chez Denoël en 2002 mais on peut le trouver, en accès gratuit sur Internet selon la volonté de l’auteur- consulté le 10 août 2012.

[7] Genette, Gérard. Palimpsestes : la littérature au second degré. Paris : Ed. du Seuil, 1982, p. 451.

[8]Drahos, Tom. « Tom Drahos ou l’abîme de l’arborescence ». Entretien avec Bertrand Gauguet. Archée. Janvier et septembre 2000. En ligne,  Consulté le 15 août 2012.

[9] Federman, Raymond . “Imagination as Plagiarism [an Unfinished Paper...]”. New Literary History. Vol. 7. N° 3. 1973, p. 565-566.

 

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Liber Numericus à Stereolux

Qui remportera la bataille opposant le livre à la tablette, ou plus largement le livre au numérique ? Cette interrogation, tout comme la prédiction de la disparition du livre, relève avant tout du fantasme.

Comme le révèlent auteurs, artistes et éditeurs, le numérique constitue avant tout un défi à relever pour le livre car il nécessite de nouvelles façons de le concevoir.

 

L’exposition « Liber Numericus » met en lumière les mutations et les nouvelles représentations du livre, tant en littérature que dans la création plastique contemporaine.

De l’ouvrage House of Leaves de M. Z. Danielewski dont le mode de lecture est inspiré de la navigation sur Internet, à la sculpture Hyper Book d’Airan Kang constituée de livres en plastique dont le contenu défile sur les tranches, en passant par les applications pour tablettes proposant une lecture enrichie… La mise en relation du livre avec le numérique, loin de menacer le premier, est au contraire la source d’un renouveau et d’une créativité jubilatoires.

Le livre est mort, vive le livre !

Une exposition présentée par Stereolux, Anaïs Guilet, Soline Haudouin et Aurélie Tiffreau

Kyle Bean, The Future of Books, 2008. Copyright Kyle Bean.

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