Téléphones connectés et cinéma : Filmer avec le téléphone

 Une journée d’étude co-organisée par Corinne Melin et Anaïs Guilet, le 11 décembre 2019 de 9:00 à 12:00 et de 14:30 à 17:00.

Localisation : médiathèque André Labarrère, place de la république, 64000, Pau, France

Présentation

Gardiens de nos nuits posés sur nos tables de chevet, blottis tout près de nous dans les poches de nos vêtements, guides efficaces de tous nos trajets, les téléphones portables dits intelligents / connectés, sont devenus les compagnons de nos vies quotidiennes. En cela, ils modifient fonda- mentalement notre rapport à l’espace et au temps, et font évoluer nos pratiques cognitives et culturelles et par conséquent nos modes de penser et d’agir. Naturellement, cette omniprésence ne peut manquer d’interpeller artistes, écrivains et cinéastes. Si pour David Shields dansReality Hunger la littérature est « affamée de réalité », il en est de même pour le cinéma qui cherche à son tour à représenter l’individu en proie à cette hypermodernité que constate Nicole Aubert dans le titre de l’ou- vrage qu’elle a dirigé en 2006. Dans les films qui nous intéressent, les téléphones intelligents ne constituent pas seulement un objet référen- tiel. Ils engagent une réflexion approfondie sur les conséquences de l’hypermodernité qu’ils représentent, les affects qu’ils produisent sur l’individu contemporain, son être au monde, sa relation à autrui. Le télé- phone façonne nos expériences quotidiennes en même temps qu’ils modèlent nos représentations mentales.

Pour la première journée d’étude, les invité.e.s se sont appuyé.e.s sur un corpus de films dans lesquels le téléphone avait un rôle et une fonction centrale dans la structure narrative, les plans, le rythme, le jeu des ac- teurs (The Guilty, Mission Impossible, Personal Shopper, etc.). Dans ce corpus également, la connexion humain-machine allait de soi. Elle n’était pas surnaturelle, horrible ou extra-terrestre. Par exemple, le téléphone connecté ne s’animait pas seul (Hellphone…). Les analyses ont mis en lumière qu’en creux de la narration première; il y a la recherche d’une « unité existentielle entre l’objet technique et le corps humain ». Cette unité passe par la constitution d’un langage commun, soumis à évolu- tion. Dans ce langage, le corps est le mode d’expression. En effet, dans cette relation d’usage, les sens sont mis en jeu de façon singulière ; l’ouïe est originellement le sens privilégié de cette relation. Certains gestes sont nécessaires pour qu’elle ait lieu, comme taper les numéro sur le clavier, décrocher qui permettent de raccorder deux personnes. Il y a aussi des émotions, des sons, des onomatopées, des expressions proprement relatives à cette relation. Avec le smartphone, les modes de communication proposés par l’appareil ne se résument cependant plus seulement à l’ouïe, la communication peut se faire par message texte, par échange d’images ou de vidéos, lesquels imposent de nouveaux gestes (ex: tenir le téléphone à bout de bras, à distance de notre visage pour la visioconférence, prendre et envoyer des photos, des selfies, etc.). Quels qu’ils soient, ces nouveaux panels de gestes, eux aussi engagent une dimension haptique, expressive et émotionnelle. Et c’est sans doute cette dimension qui intéresse le plus les réalisateur.trice.s de films qui mettent en scène des usagers du smartphone.

Pour la seconde journée d’étude, nous allons poursuivre et ouvrir l’ana- lyse de ces phénomènes d’encorporation à un nouveau corpus, cette fois uniquement constitué de films réalisés avec les téléphones connec- tés. Le choix de faire du cinéma, avec cet appareil non dédié à la pratique cinématographique, éminemment portable, léger, qui tient dans la main et ne pèse plus sur l’épaule, impacte le filmage autant que les rôles établis entre réalisateur.trice.s, acteur.trice.s et technicien.ne.s. En effet, le film peut être réalisé par un.e cinéaste – extérieur.e au film, professionnel.le ou amateur.e- ou par l’un des personnages du récit – intradiégétique – ou encore en ayant recours aux deux diégèses – fiction véridique. Il semblerait aussi que le filmage avec le téléphone engendre une mise en abyme de son propre mode d’échange. Ce petit appareil ordinaire permet une proximité inédite avec le pro-filmique, pour reprendre le vocabu- laire de Souriau, au point qu’elle ne peut que modifier en retour la relation avec les personnes, paysages ou objets qui le composent. On se deman- dera également si la relation entre le filmeur et le téléphone connecté est exclusive ou si elle inclut le spectateur.

Programme à télécharger ici

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Livre, sérialité et transmédialité- revue Itinéraires

Vient de paraitre un nouveau numéro de la revue en ligne Itinéraires  intitulé: Livre, sérialité et transmédialité, sous la direction de Claire Cornillon et Danièle André.

Réunissant plusieurs aspects des rapports entre espace littéraire et univers transmédia, le numéro entend réfléchir sur la place du livre au sein des univers fictionnels cross- ou transmédia, c’est-à-dire qui se déclinent sur plusieurs supports : littérature papier ou e-littérature, feuilleton radiophonique, jeu de rôle, manga, série télévisée. Il présente une série d’analyses de cas qui interrogent d’une part la notion de sérialité, entendue comme une construction sérielle, progressive et articulée selon une temporalité disruptive, et d’autre part, le concept de transmédialité considéré comme une extension du littéraire vers des supports médiatiques modernes ou selon des principes transfictionnels. Le numéro aborde trois aspects principaux de ces manifestations narratives hors du livre : les transfictions (adaptations, approche sémantique, réécritures), la transmédialité (rolisme, univers visuels, création radiophonique) et enfin les constructions médiatiques (media mix, hypertextualité, hacking). Le dossier de varia complète cette réflexion dans le récit populaire au dix-neuvième siècle et au cœur même de l’écriture d’un texte de Patrick Modiano, Dora Bruder.

J’y publie en collaboration avec Karleen Groupierre, un article sur l’oeuvre transmédia netwars: « In the dispositif / out of CTRL : netwars ou le hacking transmédia« .

Le projet netwars, consacré à l’univers de la cybercriminalité, est composé de cinq éléments porteurs : un documentaire TV, un web-documentaire, une application de récit interactif (roman graphique), une série de romans (audio, papier et e-book). netwars est un univers transmédia tel que défini par Henry Jenkins (2006), c’est-à-dire qu’il se déploie sur de multiples médias et chacun apporte une contribution significative à l’ensemble. netwars forme un univers trouble entre réalité et fiction dans lequel le spectateur se construit son propre récit et sa propre expérience en naviguant à son gré d’un média à un autre. Cette ambiguïté qui, comme nous le verrons, est génératrice de paranoïa, se voit thématisée, esthétisée et structurellement créée par le dispositif transmédia propre à netwars. Dans ce projet, la paranoïa ne provient pas tant du sujet en lui-même que du dispositif fictionnel qui mêle faits et éléments non référentiels ainsi que de la structure transmédia, dans sa dimension immersive et totalisante. Avec netwars tout est processus de hacking : le documentaire est hacké par la fiction, comme le spectateur par le dispositif transmédia.

Sommaire du Numéro

Danièle André et Claire Cornillon

Transfictions

Claire Colin
David Paquette-Bélanger
Benjamin H. Baker

Transmédialité

Isabelle Périer
Ashley Harris
Pierre Leroux

Constructions médiatiques

Bounthavy Suvilay
Gaëlle Debeaux
Karleen Groupierre et Anaïs Guilet

Varia

Élisabeth Routhier
Paul Bleton
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Le corps entre imaginaires et sensorialités

Journée d’études « Le corps entre imaginaires et sensorialités » organisée le 27 Avril 2017 à l’Université du Maine.

La place du corps dans la société urbaine contemporaine est visiblement inflationniste. Le phénomène est visible à tous les niveaux et s’inscrit dans les rapports de genre, chez les adultes, mais aussi chez les jeunes, qui croient pouvoir résoudre leurs angoisses liées à la rencontre avec l’autre en surinvestissant le corps. Cette journée d’études sera l’occasion de chercher à comprendre ce que véhicule l’affichage ostentatoire de cette valeur du corps et les raisons pour lesquelles la société actuelle y est si sensible. Nous interrogerons les imaginaires du corps et les nouveaux modes de sensorialité qui s’y rattachent afin de comprendre en quoi le corps est à l’heure actuelle non seulement un enjeu de savoir mais aussi de pouvoir, y compris de pouvoir violent, ainsi qu’en témoigne par exemple l’hypersexualisation des enfants, et notamment des petites filles, dans certains médias et pratiques publicitaires. Car dans la société contemporaine où les individus sont appareillés de toutes sortes de machines issues des nouvelles technologies qui conduisent à une apparente dématérialisation des rapports et des liens sociaux, le corps fait paradoxalement retour sous forme souvent brutale et extrême, dans des pratiques corporelles chez les adultes comme chez les jeunes, qui révèlent des imaginaires corporels où la sensorialité occupe une place de choix, pour le meilleur ou pour le pire. On pense ainsi à la richesses des nouvelles formes de création artistique et littéraire en ligne qui permettent au spectacteur et au lecteur une approche participative, multisensorielle et interactive des œuvres. Mais on pense également aux situations de harcèlement et de mises en scène réifiantes des corps féminins et masculins facilitées par le fonctionnement des réseaux sociaux en ligne. Ces imaginaires du corps ont pour l’instant été très peu analysés, ou bien par le biais d’entrées purement disciplinaires. Cette journée d’études sera l’occasion d’étudier cet objet émergent et inscrit dans l’actualité la plus récente par le biais d’une méthodologie croisée faisant dialoguer les disciplines dans leur approche spécifique des corps comme cibles, terrains d’expérimentation et enjeux culturels, représentationnels et idéologiques. Ces nouveaux imaginaires du corps seront également rapportés à la question de l’origine et de l’identité. En effet, ainsi que le montre la pièce d’Angelica Liddel « Que ferais-je moi de cette épée ? » créée à Avignon en juillet 2016 pour exprimer l’horreur des attentats de Paris, l’époque et la société contemporaine sont fascinées par l’archaïque, et la présence invasive du corps dans le champ social manifeste un désir de réinterroger les origines de l’homme. Dans les contextes de conflits armés, le corps, et particulièrement le corps féminin dans sa fonction reproductrice, est instrumentalisé et utilisé comme cible privilégiée de la violence. D’un point de vue psychologique, le corps semble constituer l’incontournable bloc de réel de la condition humaine et sa limite biologique. Tant les discours que la culture queer remettent pourtant en cause le caractère limitatif d’une conception purement organiciste et binaire d’un corps sexué dont la limite biologique est repoussée dans les pratiques chirurgicales transexuelles et les appareillages prosthetiques du corps. La mécanique symbolique en appelle ainsi à l’imaginaire pour tenter le dépassement de cette limite en convoquant les augmentations corporelles permises par les nouvelles technologies afin de multiplier les émotions et les sensations, où l’on voit que les nouvelles technologies engendrent beaucoup plus qu’une plus-value technique : quel que soit le champ d’expression et d’action investi par le sujet (littérature, cinéma, jeux vidéo, danse, sport, théâtre, culture de genre, etc.), la société actuelle témoigne d’une quête de détachement corporel alors même que l’obsession du corps est omniprésente.

Cette journée d’études, en écho à la journée d’études « Cyber-corporéités : esthétiques des interactions corps machine » organisée le 14 octobre dernier à l’Université Savoie Mont-Blanc (Laboratoire LLSETI), visera ainsi à explorer les modalités singulières de ce paradoxe et à interroger les catégories corporo-psychiques en jeu dans le sentiment d’exister, ainsi que leurs représentations. L’exacerbation des sensorialités à l’époque contemporaine qui semble indiquer que le temps des sentiments est révolu et que c’est leur racine biologique et émotionnelle qui est devenue le parangon de l’expression, comme si le « ressenti » devenait plus important que le « pensé », sera au cœur de nos échanges. Ainsi, nous explorerons l’hypothèse d’une augmentation corporelle pour un gain sensoriel, qu’il s’agisse du plaisir, de la peur, de l’effort ou même du rêve, afin d’examiner comment nos représentations contemporaines construisent la chimère selon laquelle le réel peut confondre l’imaginaire.

Comité d’organisation : Anne-Laure Fortin-Tournès

Programme  :

10h Elisabeth Marion (psychanalyste, le Mans) et Yohan Trichet (laboratoire de psychopathologie et psychologie clinique U de Rennes 2): « Et la science créa la femme virtuelle »

10h30 Annie Rolland (LPPL U d’Angers): « L’adolescent entre corps virtuel et corps de rêve »

11h15 Joanne Lalonde (sémiologie des arts visuels UQAM): « Le tournant matériel et corporel du numérique »

11h45 François Joseph Lapointe (Ecologie moléculaire et évolution, U de Montréal): « Frontières du corps et limites du soi : vers une nouvelle définition de l’individu holobionte»

14h30 Anais Guilet et Jacques Ibanez-Bueno (LLSETI Université de Savoir Mont Blanc): « Sam ex machina : une analyse phénoménologique d’un objet filmique »

15h00 William Gleeson : « La disparition du corps guerrier. Corporalité et deuil dans la photographie de guerre contemporaine »

15h45 14h30 Sylvain Villaret (VIPS Le Mans): « Le naturisme : une histoire des corps dans la modernité (19e-20e siècles) »

16h 15 Anne-Laure Fortin-Tournès (3LAM Le Mans): « Corps et subjectivité numérique dans la littérature hypertextuelle »

16 h 45 Synthèse de la journée

 

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Publication en ligne des actes du colloque « Internet est un cheval de Troie »

Fabula publie ce jour les actes en ligne du colloque Internet est un cheval de Troie organisé par Gilles Bonnet et l’équipe MARGE de l’Université Lyon 3.

Les interventions, ici réunies, ont tâché de déceler les traces d’une poétique Web – emprunts et empreintes – jusques et y compris dans des œuvres littéraires contemporaines publiées exclusivement en format livre-papier. Plus que d’une remédiatisation à rebours, ou d’une modalité neuve de transmédiatisation, c’est bien d’une porosité, plurielle et mobile, qu’il s’est agi d’identifier, en envisageant une poétique numérique hors les murs, en quelque sorte. C’est alors un pan essentiel de la littérature contemporaine (à travers les œuvres de L. Mauvignier, E. Pireyre, A.-M. Garat, P. Vasset…) qui se donne à lire, identifié comme lieu de remix ou de retravail d’éléments issus de pratiques littéraires nativement numériques.

Au programme des articles de  Sébastien Rongier, Olivier Bessard-Banquy, Jan Baetens, Élisabeth Routhier, Jean-François Thériault, Françoise Cahen, Belen Hernandez Marzal, Marika Piva, Marcello Vitali-Rosati, Carme Figuerola, Marie-Laure Rossi et Marie-Jeanne Zenetti.

Vous pourrez y lire également un article rédigé par mes soins: « Around the World, Around the World, etc. : l’esthétique du flux dans Autour du monde de Laurent Mauvignier »

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La littérature cyborg à l’ENS Ulm

Sur invitation de Luce Roudier et dans le cadre du séminaire d’élève de l’ENS: « Mauvais goût? Mauvais genre?« , j’ai eu le plaisir de présenter mes recherches doctorales.

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