Livre, sérialité et transmédialité- revue Itinéraires

Vient de paraitre un nouveau numéro de la revue en ligne Itinéraires  intitulé: Livre, sérialité et transmédialité, sous la direction de Claire Cornillon et Danièle André.

Réunissant plusieurs aspects des rapports entre espace littéraire et univers transmédia, le numéro entend réfléchir sur la place du livre au sein des univers fictionnels cross- ou transmédia, c’est-à-dire qui se déclinent sur plusieurs supports : littérature papier ou e-littérature, feuilleton radiophonique, jeu de rôle, manga, série télévisée. Il présente une série d’analyses de cas qui interrogent d’une part la notion de sérialité, entendue comme une construction sérielle, progressive et articulée selon une temporalité disruptive, et d’autre part, le concept de transmédialité considéré comme une extension du littéraire vers des supports médiatiques modernes ou selon des principes transfictionnels. Le numéro aborde trois aspects principaux de ces manifestations narratives hors du livre : les transfictions (adaptations, approche sémantique, réécritures), la transmédialité (rolisme, univers visuels, création radiophonique) et enfin les constructions médiatiques (media mix, hypertextualité, hacking). Le dossier de varia complète cette réflexion dans le récit populaire au dix-neuvième siècle et au cœur même de l’écriture d’un texte de Patrick Modiano, Dora Bruder.

J’y publie en collaboration avec Karleen Groupierre, un article sur l’oeuvre transmédia netwars: « In the dispositif / out of CTRL : netwars ou le hacking transmédia« .

Le projet netwars, consacré à l’univers de la cybercriminalité, est composé de cinq éléments porteurs : un documentaire TV, un web-documentaire, une application de récit interactif (roman graphique), une série de romans (audio, papier et e-book). netwars est un univers transmédia tel que défini par Henry Jenkins (2006), c’est-à-dire qu’il se déploie sur de multiples médias et chacun apporte une contribution significative à l’ensemble. netwars forme un univers trouble entre réalité et fiction dans lequel le spectateur se construit son propre récit et sa propre expérience en naviguant à son gré d’un média à un autre. Cette ambiguïté qui, comme nous le verrons, est génératrice de paranoïa, se voit thématisée, esthétisée et structurellement créée par le dispositif transmédia propre à netwars. Dans ce projet, la paranoïa ne provient pas tant du sujet en lui-même que du dispositif fictionnel qui mêle faits et éléments non référentiels ainsi que de la structure transmédia, dans sa dimension immersive et totalisante. Avec netwars tout est processus de hacking : le documentaire est hacké par la fiction, comme le spectateur par le dispositif transmédia.

Sommaire du Numéro

Danièle André et Claire Cornillon

Transfictions

Claire Colin
David Paquette-Bélanger
Benjamin H. Baker

Transmédialité

Isabelle Périer
Ashley Harris
Pierre Leroux

Constructions médiatiques

Bounthavy Suvilay
Gaëlle Debeaux
Karleen Groupierre et Anaïs Guilet

Varia

Élisabeth Routhier
Paul Bleton
Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Le corps entre imaginaires et sensorialités

Journée d’études « Le corps entre imaginaires et sensorialités » organisée le 27 Avril 2017 à l’Université du Maine.

La place du corps dans la société urbaine contemporaine est visiblement inflationniste. Le phénomène est visible à tous les niveaux et s’inscrit dans les rapports de genre, chez les adultes, mais aussi chez les jeunes, qui croient pouvoir résoudre leurs angoisses liées à la rencontre avec l’autre en surinvestissant le corps. Cette journée d’études sera l’occasion de chercher à comprendre ce que véhicule l’affichage ostentatoire de cette valeur du corps et les raisons pour lesquelles la société actuelle y est si sensible. Nous interrogerons les imaginaires du corps et les nouveaux modes de sensorialité qui s’y rattachent afin de comprendre en quoi le corps est à l’heure actuelle non seulement un enjeu de savoir mais aussi de pouvoir, y compris de pouvoir violent, ainsi qu’en témoigne par exemple l’hypersexualisation des enfants, et notamment des petites filles, dans certains médias et pratiques publicitaires. Car dans la société contemporaine où les individus sont appareillés de toutes sortes de machines issues des nouvelles technologies qui conduisent à une apparente dématérialisation des rapports et des liens sociaux, le corps fait paradoxalement retour sous forme souvent brutale et extrême, dans des pratiques corporelles chez les adultes comme chez les jeunes, qui révèlent des imaginaires corporels où la sensorialité occupe une place de choix, pour le meilleur ou pour le pire. On pense ainsi à la richesses des nouvelles formes de création artistique et littéraire en ligne qui permettent au spectacteur et au lecteur une approche participative, multisensorielle et interactive des œuvres. Mais on pense également aux situations de harcèlement et de mises en scène réifiantes des corps féminins et masculins facilitées par le fonctionnement des réseaux sociaux en ligne. Ces imaginaires du corps ont pour l’instant été très peu analysés, ou bien par le biais d’entrées purement disciplinaires. Cette journée d’études sera l’occasion d’étudier cet objet émergent et inscrit dans l’actualité la plus récente par le biais d’une méthodologie croisée faisant dialoguer les disciplines dans leur approche spécifique des corps comme cibles, terrains d’expérimentation et enjeux culturels, représentationnels et idéologiques. Ces nouveaux imaginaires du corps seront également rapportés à la question de l’origine et de l’identité. En effet, ainsi que le montre la pièce d’Angelica Liddel « Que ferais-je moi de cette épée ? » créée à Avignon en juillet 2016 pour exprimer l’horreur des attentats de Paris, l’époque et la société contemporaine sont fascinées par l’archaïque, et la présence invasive du corps dans le champ social manifeste un désir de réinterroger les origines de l’homme. Dans les contextes de conflits armés, le corps, et particulièrement le corps féminin dans sa fonction reproductrice, est instrumentalisé et utilisé comme cible privilégiée de la violence. D’un point de vue psychologique, le corps semble constituer l’incontournable bloc de réel de la condition humaine et sa limite biologique. Tant les discours que la culture queer remettent pourtant en cause le caractère limitatif d’une conception purement organiciste et binaire d’un corps sexué dont la limite biologique est repoussée dans les pratiques chirurgicales transexuelles et les appareillages prosthetiques du corps. La mécanique symbolique en appelle ainsi à l’imaginaire pour tenter le dépassement de cette limite en convoquant les augmentations corporelles permises par les nouvelles technologies afin de multiplier les émotions et les sensations, où l’on voit que les nouvelles technologies engendrent beaucoup plus qu’une plus-value technique : quel que soit le champ d’expression et d’action investi par le sujet (littérature, cinéma, jeux vidéo, danse, sport, théâtre, culture de genre, etc.), la société actuelle témoigne d’une quête de détachement corporel alors même que l’obsession du corps est omniprésente.

Cette journée d’études, en écho à la journée d’études « Cyber-corporéités : esthétiques des interactions corps machine » organisée le 14 octobre dernier à l’Université Savoie Mont-Blanc (Laboratoire LLSETI), visera ainsi à explorer les modalités singulières de ce paradoxe et à interroger les catégories corporo-psychiques en jeu dans le sentiment d’exister, ainsi que leurs représentations. L’exacerbation des sensorialités à l’époque contemporaine qui semble indiquer que le temps des sentiments est révolu et que c’est leur racine biologique et émotionnelle qui est devenue le parangon de l’expression, comme si le « ressenti » devenait plus important que le « pensé », sera au cœur de nos échanges. Ainsi, nous explorerons l’hypothèse d’une augmentation corporelle pour un gain sensoriel, qu’il s’agisse du plaisir, de la peur, de l’effort ou même du rêve, afin d’examiner comment nos représentations contemporaines construisent la chimère selon laquelle le réel peut confondre l’imaginaire.

Comité d’organisation : Anne-Laure Fortin-Tournès

Programme  :

10h Elisabeth Marion (psychanalyste, le Mans) et Yohan Trichet (laboratoire de psychopathologie et psychologie clinique U de Rennes 2): « Et la science créa la femme virtuelle »

10h30 Annie Rolland (LPPL U d’Angers): « L’adolescent entre corps virtuel et corps de rêve »

11h15 Joanne Lalonde (sémiologie des arts visuels UQAM): « Le tournant matériel et corporel du numérique »

11h45 François Joseph Lapointe (Ecologie moléculaire et évolution, U de Montréal): « Frontières du corps et limites du soi : vers une nouvelle définition de l’individu holobionte»

14h30 Anais Guilet et Jacques Ibanez-Bueno (LLSETI Université de Savoir Mont Blanc): « Sam ex machina : une analyse phénoménologique d’un objet filmique »

15h00 William Gleeson : « La disparition du corps guerrier. Corporalité et deuil dans la photographie de guerre contemporaine »

15h45 14h30 Sylvain Villaret (VIPS Le Mans): « Le naturisme : une histoire des corps dans la modernité (19e-20e siècles) »

16h 15 Anne-Laure Fortin-Tournès (3LAM Le Mans): « Corps et subjectivité numérique dans la littérature hypertextuelle »

16 h 45 Synthèse de la journée

 

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Publication en ligne des actes du colloque « Internet est un cheval de Troie »

Fabula publie ce jour les actes en ligne du colloque Internet est un cheval de Troie organisé par Gilles Bonnet et l’équipe MARGE de l’Université Lyon 3.

Les interventions, ici réunies, ont tâché de déceler les traces d’une poétique Web – emprunts et empreintes – jusques et y compris dans des œuvres littéraires contemporaines publiées exclusivement en format livre-papier. Plus que d’une remédiatisation à rebours, ou d’une modalité neuve de transmédiatisation, c’est bien d’une porosité, plurielle et mobile, qu’il s’est agi d’identifier, en envisageant une poétique numérique hors les murs, en quelque sorte. C’est alors un pan essentiel de la littérature contemporaine (à travers les œuvres de L. Mauvignier, E. Pireyre, A.-M. Garat, P. Vasset…) qui se donne à lire, identifié comme lieu de remix ou de retravail d’éléments issus de pratiques littéraires nativement numériques.

Au programme des articles de  Sébastien Rongier, Olivier Bessard-Banquy, Jan Baetens, Élisabeth Routhier, Jean-François Thériault, Françoise Cahen, Belen Hernandez Marzal, Marika Piva, Marcello Vitali-Rosati, Carme Figuerola, Marie-Laure Rossi et Marie-Jeanne Zenetti.

Vous pourrez y lire également un article rédigé par mes soins: « Around the World, Around the World, etc. : l’esthétique du flux dans Autour du monde de Laurent Mauvignier »

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

La littérature cyborg à l’ENS Ulm

Sur invitation de Luce Roudier et dans le cadre du séminaire d’élève de l’ENS: « Mauvais goût? Mauvais genre?« , j’ai eu le plaisir de présenter mes recherches doctorales.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Posthumain et subjectivités numériques

Colloque de Cerisy du jeudi 23 juin (19h) au jeudi 30 juin (14h) 2016

Sous la direction de Sylvie BAUER, Claire LARSONNEUR, Hélène MACHINAL et Arnaud REGNAULD

La question du posthumain s’invite depuis quelque temps dans la recherche universitaire, que celle-ci se concentre sur les sciences humaines ou sur les sciences dites dures, mais aussi dans le domaine de l’art. Le développement de l’informatique, du numérique et des biotechnologies invite à (re)penser l’humain et les idéaux humanistes, lorsque, dès le début d’un questionnement sur ce qu’humain signifie, le corps biologique s’augmente d’une conscience, puis d’un rapport croissant à la machine et à la technologie. En d’autres termes, s’il s’agit de cerner le devenir de l’humain en tant que corps lié à une conscience, il s’agit également de considérer la question du sujet non comme singularité isolée, mais comme forme inachevée et hybride, en constante métamorphose. Le développement du numérique amène alors à se poser la question de cette nouvelle subjectivité en rapport étroit avec les réseaux qui se donnent comme autant de prothèses quotidiennes (montres connectées, internet, clavier d’ordinateur, téléphone « intelligent »). Alors que le sujet laisse des traces dans l’univers numérique et qu’il est lui-même traçable, on peut s’interroger sur son autonomie, sa capacité à s’extraire, tant physiquement que virtuellement, des réseaux qui jalonnent et construisent le monde contemporain. On peut se demander quelle subjectivité se construit lorsque l’homme de chair et d’os se double d’avatars dans le monde virtuel et pourtant bien réel du numérique.

Ce colloque envisagera, avec le concours de chercheurs, théoriciens, écrivains et plasticiens, la manière dont l’humain se construit dans le rapport à la machine et il se posera, notamment, les questions suivantes. À l’ère d’un développement sans précédent du numérique, comment l’humain se définit-il? Que signifie le posthumain dans un processus de développement technologique inhérent à la condition humaine, lorsque le corps s’augmente de prothèses et lorsque la pensée s’articule avec les évolutions de la machine? Quelles conceptions du sujet, l’écriture, les arts, la philosophie permettent-ils de faire émerger à l’ère du numérique? Dans la même perspective, il s’interrogera: comment les grands récits mythiques qui définissent la condition humaine nourrissent-ils l’imaginaire? Sont-ils, en retour, élaborés dans un rapport étroit avec les agencements machiniques de l’imaginaire scientifique contemporain? Les lectures croisées de la science, de la littérature, du numérique viendront nourrir la réflexion sur les nouvelles formes de discours, d’expression et de relation au monde.

Conférences, communications universitaires et performances artistiques permettront sinon de répondre à ces questions du moins de les poser dans des approches variées qui s’intéresseront au langage, au cinéma, à la littérature, aux arts… Les participants viennent d’horizons divers (artistes, spécialistes de littérature, de philosophie, d’arts plastiques et visuels, chercheurs confirmés, doctorants) et souhaitent réfléchir ensemble et avec un public non nécessairement averti sur les modalités d’appréhension de l’humain à l’ère du numérique. L’objectif est de développer un dialogue entre les sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, étude des médias) et les arts (lettres, arts plastiques ou films).

Programme en ligne 

Sujet de ma communication:

Les amours reliées au cinéma

Comment représenter dans l’écran de cinéma, ces nouveaux écrans qui interfacent bien des domaines de nos vies, y compris nos relations avec autrui ? Telle sera la question de départ de notre communication. En nous appuyant sur un corpus de films composé du court métrage Noah de Patrick Cederberg et Walter Woodman et de Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders, nous nous intéresserons aux représentations cinématographiques de ces relations amoureuses qui se construisent par écrans interposés. Ce qui frappe de prime abord dans ces deux films est l’omniprésence des dispositifs écraniques quand les corps, eux, sont absents. Thomas et Noah dans leurs films éponymes ne sont jamais présents physiquement à l’écran puisque l’intrigue se construit tout entière via les écrans de leurs ordinateurs. Ces absences, paradoxales du point de vue médiatique –puisque le cinéma est un média visuel– et thématique  –comment construire une relation amoureuse sans corps ? –, interrogent le rôle du corps dans la construction de ces subjectivités digitales comme dans nos relations interpersonnelles médiatisées.

Nous analyserons ce jeu d’absence et de présence du corps et de l’écran.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire