Lectures digitales (l’écran au bout des doigts)

Lectures digitales, est un livre numérique rassemblant dix contributions concernant les pratiques de lecture, d’écriture et d’édition sur les objets nomades connectés et tactiles, publié le 31 décembre 2015 chez publie.net et édité par Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet et Martin Rass,  en collaboration avec le master « Livres et médiations » de l’Université de Poitiers.

Cet ouvrage fait suite au colloque Lectures Nomades qui a eu lieu les 13 et 14 juin 2014, organisé en partenariat avec le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes, la médiathèque de Poitiers et avec le soutien du Laboratoire FoReLL, et de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers.

Le livre est offert gratuitement au téléchargement et disponible sous licence creative commons.

Les pratiques de lecture évoluent. En matière de lecture numérique, les nouveaux outils induisent toujours de nouveaux usages et de nouvelles possibilités. En quoi lit-on différemment sur un outil nomade et connecté (smartphone, tablette, liseuse) ? Qu’y lit-on précisément ? Comment les auteurs, les éditeurs, les chercheurs, les lecteurs appréhendent-ils ces outils ? Quelles nouvelles formes sont développées sur ces supports et comment sont-elles reçues ?

Rassemblées au sein de ce livre, chacune dans son domaine, arts ou recherche, dix contributions tentent d’explorer les champs ouverts par ces interrogations.

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Table des matières

Introduction — Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet, Martin Rass

La lecture digitale, quel modèle ? — Martin Rass

Esthétique de la scission : une lecture littéraire de Beside Myself de Jeff Gomez — Anaïs Guilet

Figures de la lecture « augmentée » dans les romans enrichis pour adultes — Nolwenn Tréhondart

Regards sur l’appropriation des tablettes et des liseuses en tant que support de lecture — Charline Hatton, Matthias Millon, David Guillemin

GéoCulture et la géolocalisation de contenus culturels : enjeux scientifiques d’un service numérique innovant — Olivier Thuillas

Des ruptures dans les routines d’exécution. Sur quelques pratiques de fabrication des livres numériques chez Publie.net — Marc Jahjah

L’hyperfiction Conduit d’aération : entre littérature et design, construction d’un roman augmenté pour tablettes et liseuses — Lucile Haute

Fenêtre augmentée et Flatland : une exposition et une édition numériques — Thierry Fournier, J. Emil Sennewald

L’écran, nouveau support de l’écrit, nouvelle influence ? — Bertrand Sandrez

Écriture et technique : quelle ontologie du livre numérique ? — Isabelle Pariente-Butterlin

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Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans le cadre du colloque International: « Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation » – Paris : 23, 24, 25 novembre 2015

Le 24 novembre à 10h35

Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans la lignée des innombrables adaptations du chef-d’œuvre de Mary Shelley, Dave Morris, en collaboration avec Inkle et Profile Books, proposent Frankenstein For the iPad and iPhone[1] (2012), une application créée exclusivement pour iOS. L’œuvre se présente comme une nouvelle façon d’expérimenter le classique de Shelley et de l’adapter à l’ère contemporaine en le rendant multimédia et en « immergeant » le lecteur dans un récit composé selon le schéma narratif propre aux livres dont vous êtes le héros.

Cette communication se propose d’effectuer une étude de l’œuvre hypermédiatique et de son travail d’adaptation en s’attachant principalement à analyser les procédés utilisés par Morrris pour favoriser cette immersion (Schaeffer ; Esquenazi) qu’il recherche tant. Si la rhétorique du paratexte met en exergue l’immersion et l’interactivité, qui reposent entre autre sur sa structure hypertextuelle, le récit, tel qu’il est construit par Morris, s’avère finalement nier le plus souvent l’impact du lecteur. Ainsi, ses choix ne composent que d’infimes variations du récit, quand ils ne lui sont pas très directement refusés par le narrateur. De plus, quel que soit le parcours emprunté par le lecteur, le destin du créateur et de sa créature reste inexorablement inchangé. Le paradoxe est que c’est dans cette négation du pouvoir du lecteur que réside, selon nous, non seulement le nœud du travail d’adaptation, mais aussi le pouvoir immersif de l’œuvre de Morris, et ceci à l’encontre même de la rhétorique du paratexte. En effet, comme les personnages de Shelley, le lecteur semble tout à la fois libre et impuissant face à la fatalité d’un récit qui court vers une fin (Kermode) dont nul n’ignore de toute façon les affres.

Tous les procédés employés par Davis et ses collaborateurs, qu’ils favorisent ou non véritablement l’immersion fictionnelle, dessinent en creux une vision du texte sur support numérique, en même temps qu’ils dénotent, on le verra, d’une totale méconnaissance de l’histoire des pratiques hypermédiatiques. Pour appuyer cette remarque, nous effectuerons un parallèle avec une autre adaptation hypertextuelle de Frankenstein, celle de Shelley Jackson : Patchwork Girl (1995).

Bibliographie indicative

Dadoun, Roger. “King Kong : du monstre comme dé-monstration”. Littérature, N°8, 1972. Le fantastique. pp. 107-118. /web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1972_num_8_4_1061, consulté le 08 juin 2015

Esquenazi, Jean-Pierre. La vérité de la fiction. Comment peut-on croire que les récits de fiction nous parlent sérieusement de la réalité ? Paris : Lavoisier, 2009.

Jackson, Shelley (1997). « Stitch Bitch: the Patchwork Girl », Transformations of the Book, MIT, en ligne: http://web.mit.edu/comm-forum/papers/jackson.html

Joyce, Elisabeth (2003). « Sutured Fragments: Shelley Jackson’s »Patchwork Girl » in Piecework » dans Van Looy, Jan; Baetens, Jan (éd.),Close Reading New Media: Analyzing Electronic Literature. Louvain: Leuven University Press, pp. 39-52.

Kermode, Franck. The Sense of an Ending. Oxford & New York: Oxford University Press 2000 [1966].

Lahire, Bernard. L’homme pluriel. Les ressorts de l’action. Paris : Nathan, 2001 [1998].

Lévy, Maurice. “Unde hoc monstrm?”, Frankenstein, dir. Gilles Ménégaldo, Paris : Éditions Autrement, 1998, p. 14-15.

Schaeffer, Jean-Marie. Pourquoi la fiction ? Paris : Seuil, 1999.

Searle, John. Sens et expression. Études de théorie des actes de langage. Paris : Minuit, 1982 [1979].

Wunenburger, Jean-Jacques. L’imaginaire. Paris : PUF, 2003.

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Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation

Programme du Colloque international « Text/ures de l’objet livre: hybridation, transposition, transmédiation »– Paris, 23, 24, 25 novembre 2015 

Serions-nous, comme le proclame François Bon, « après le livre » ?
Citant notamment Walter Benjamin, pour qui au début du vingtième siècle « tout indique maintenant que le livre sous sa forme traditionnelle approche de sa fin », Bon se fait la réflexion suivante : « Et si le fait que cette phrase ait été écrite et publiée en 1927 par un penseur essentiel indiquait seulement que l’idée de rupture est peut-être inhérente au livre qui n’a jamais vraiment eu de forme ‘traditionnelle’, en tout cas aucucune qui puisse participer de la définition même du livre, si tant est (avec Kant par exemple) qu’on puisse parvenir à la produire ? » (Après le livre, 123) À cet égard, Johanna Drucker, s’appuyant quant à elle sur la pensée de Jerome McGann, souligne le dynamisme propre au support livresque : « Un livre n’est jamais identique à lui-même. Un livre n’est pas artefact statique et inerte que l’on referfe sur sa couverture » (« A book is never ‘self-identical’. A book doesn’t close on itself as a static, inert artifact between boards or covers. »)

De telles lectures invitent alors à l’élargissement de la définition de l’objet-livre, dont la matérialité peut-être étendue au-delà du seul codex pour inclure les dispositifs numériques. La question que nous souhaiterions soulever à l’heure où l’on pose volontiers une nouvelle « fin du livre » est alors celle, plutôt, du redéploiement de l’objet-livre autour de ce qu’on pourrait appeler sa textualité. Tandis que les livres-objets soulignent des potentialités livresques jusqu’ici peu développées, ces textures nouvelles et/ou réinventées au prisme du numérique révèlent simultanément la part que jouent l’hybridation, la transposition ou la transmédiation dans nos pratiques textuelles contemporaines, de la conception d’une oeuvre à sa lecture/performance, en passant par sa réception critique ou son archivage.

On pourra alors s’intéresser à l’influence réciproque des modalités propres au livre d’une part et aux jeux vidéo d’autre part. On pourra ainsi étudier par exemple la façon dont la poétique d’oeuvres papier ou numériques a pu être incorporée et/ou transformée par les codes vidéoludiques. Comment le livre et, au-delà, ses modalités de lecture, sont-ils plus généralement retravaillés par d’autres médias ? Au-delà du parcours narratif dévoilé par un clic de souris, par exemple, que se passe-t-il quand le sens se déploie dans le toucher, l’exploration et le jeu, comme c’est le cas des oeuvres sur tablette qui demandent à être secouées, retournées ou grattées pour passer au tableau/écran/niveau suivant ? Ces mouvements caractéristiques des jeux vidéo et de leurs dispositifs construisent-il une nouvelle forme de lecture-jeu et peuvent-ils à leur tour être transposés ou transmédiatisés dans le livre imprimé ? Quelle est alors la part, dans les pratiques que nous faisons de ces objets, de la narration, de la simulation, de la manipulation, et comment celles-ci travaillent-elles la texture même de l’oeuvre ?

Quel type d’archivage — sur un plan à la fois concret et épistémologique — exigent alors ces oeuvres au sein desquelles se brouillent les notions de lecture, d’écriture et de performance ? En dépliant le support de son information, le processus de l’archivage numérique oblige à repenser les chaînes de matérialités de toute forme de document. Il s’agit alors d’interroger la manière dont la chaîne même de transmission et de conservation des inscriptions, informe ou déforme la texturalité du livre. Par la recherche d’éléments de comparaison en dehors des justifications du « Texte », le colloque se propose également de recueillir les expériences de pratiques d’inscription et de dispositifs d’écritures, situés à distance de la narration et que l’on a l’habitude de regrouper sous le terme d’« archives ».

Ce colloque s’inscrit dans un projet tri-annuel soutenu par le Labex Arts H2H « Text/ures : l’objet libre du papier au numérique » (http://www.labex-arts-h2h.fr/fr/text-ures-l-objet-livre-du-papier.html) qui explore la gamme d’objets hybrides que sont les livres d’artistes, les livres animés, les ouvrages composites de la littérature contemporaine, les livres sculptures ainsi que les nouveaux livres numériques, qui chacun à leur façon, par leur appartenance à la fois au domaine littéraire et à la culture graphique ou plastique échappent à toute tentative de classification. Par text/ures, on entend explorer le rapport entre le texte et sa matière, la façon dont il est mis en relief, voire activé par des mécanismes papier ou numériques. A qui s’adressent ces objets livres ? Quelle(s) temporalité(s) de lecture nécessitent ces ouvrages? Quels modes d’accès au sens convoquent-ils ? Plus largement, sont-ils voués à être vus, lus, exposés, dépliés, manipulés, collectionnés, conservés ? L’idée est de travailler au cœur de la matière pour explorer aussi bien les assemblages du texte que ses déploiements haptiques.

Lundi 23 novembre – Archives Nationales

9h : Ouverture Françoise Banat-Berger (Directrice des Archives), Alexandra Saemmer (LABEX Arts H2H), Gwen Le Cor, Stéphane Vanderhaeghe

9h30- 10h35: Joseph Tabbi (University of Illinois, Chicago), Relocating the Literary: Imaginings of E-Literature in the Print Fiction of Robert Coover, Thomas Pynchon, William Gibson, and Joshua Cohen

10h35-11h10: Andrew Roberts (University of Dundee, Scotland) and Theresa Muñoz, “Materiality of Language in John Cayley’s theory and practice”

11h35- 12h10 : Sylvia Chassaing (Université Paris VIII), “Pratiques du livre et imaginaires du texte dans Un livre blanc de Philippe Vasset et Œuvres d’Edouard Levé”

12h10- 12h45 : Hélène Raymond (Université Paris Ouest Nanterre), “Le livre et la mémoire numérique : étude de cas”

14h15- 16h : PANEL, “From the Ephemeral to the Everlasting: Zines and Monumental Novels in a Digital Era”, Kiene Brillenburg Wurth, Sara Rosa Espi, Inge van de Ven (Utrecht University, Netherlands) and Anna Poletti (Monash University, Australia).

16h15 – 17h30 : « Le devenir de l’objet-archives dans le monde numérique: regards croisés et contrapuntiques », table ronde animée par Pierre Marcotte (Archives Nationales).

Mardi 24 novembre, Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs

10h- 10h35 : Côme Martin (Université Paris IV Sorbonne), “Transmédialité et interactivité: de l’objet-livre à la fiction rhizomatique”

10h35- 11h10 : Anais Guilet (LLSETI, Université Savoie Mont Blanc), “Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris”

11h30-12h05: Alice Rime (Université Paris VIII) “Lire, écrire, performer. Livres chorégraphiques”

12h05-12h40 : Virginie Foloppe (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), “Je suis Alice. Folle de Vincent. Du papier à la chair digitale.”

14h00- 14h35: Mehdy Sedaghat Payam (Sobhe Sadegh Institute of Higher Education, Iran), Ph.D., “Texturality of the Books before the Digital Age” (W. Gass)

14h35-15h10: Piotr Marecki, (Uniwersytet Jagiellònski, Poland), “Strategies for augmenting books. Andrzej Głowacki’s archetypture as a model for literature”

15h40-16h15 : Anne Zeitz (Université Paris VIII), « Ici le froid exerce une toute puissante tentation – La « texturalité » de la contre-observation »

16h15-16h50: Ariane Savoie, « Textures du récit: du livre à l’œuvre numérique. »

17 h Rotonde : cocktail au sein de l’exposition « Livres et revues d’art sur support numérique : un état des lieux »

Mercredi 25 novembre, Université Paris 8

9h45-10h20: Karin Nygård (Oslo and Akershus University College of Applied Sciences, Norway), “From Work to Text to … Yoga? On Tan Lin’s Uncontainable “

10h20- 10h55: Nicola Rodger (Monash University, Australia), “HOW THE BOOK BECAME A MUG, and other adventures in transposition”

11h25-12h25 : Ellef Prestsæter (University of Oslo, Norway) Michael Murtaugh and Nicolas Malevé (SICV, Active Archives) « Paginated Vandalism: Asger Jorn’s Book Machine”

14h15 -14h50: J.R. Carpenter (Eccles Centre, British Library), “Generating Books: Print Publications as Snapshots of Digital Literary Processes”

14h50-15h50: Giovanna Di Rosario (Université de Louvain, Belgique), Nohelia Meza (Universitat Pompeu Fabra, Barcelone, Espagne) , “Texture, Polyphony, and Digital Rhetoric, Reading Déprise by Serge Bouchardon and Vincent Volckaert”

16h20-17h30 : Shelley Jackson (The New School, NYC) : “I Hold it Towards You: a Show of Hands”

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Littérature numérique et Performance

Le centre de recherche MARGE s’installe à la Villa Gillet de Lyon, le 27 mai 2015, pour une journée d’études « Littérature numérique & performance ».

Il s’agira d’interroger l’écriture numérique comme performance, et l’écriture numérique pour la performance : en quoi le support numérique détermine-t-il une forme spécifique de performance ? (en savoir +)

Télécharger le programme de la journée d’étude.

Ma communication portera sur la Twittérature :

Littérature et gazouillis : la Twittérature comme performance

Je me propose d’aborder la fugace existence de la Twittérature. Ce mot valise cache, sinon un courant littéraire autoproclamé, du moins une pratique numérique du texte dont l’avènement fut aussi rapide que le déclin (2008-2013). J’aimerais analyser quelques unes des ces expériences littéraires en me servant de la performance artistique comme d’un outil pour comprendre la nature expérimentale de la Twittérature en même temps que ses apories.

Après un bref historique, je décrirai les différentes pratiques littéraires sur Twitter, excluant le simple usage du réseau par les écrivains à des fins d’autopromotion. Je m’intéresserai plutôt aux projets littéraires qui ont été spécifiquement déployés sur la plateforme de micro-blogging et l’emploient comme une contrainte créatrice. Pour décrire ces pratiques, je proposerai une typologie qui distingue les œuvres préalablement écrites diffusées sur Twitter (ex : The French Revolution de Matt Stewart) où Twitter est seulement une interface de publication ; les œuvres où Twitter est une interface d’écriture dont certaines peuvent par la suite faire l’objet d’une remédiatisation en livre (ex : La quatrième théorie de Thierry Crouzet) quand d’autres non (ex : Kurt Witter de Lucien Suel); puis finalement les démarches littéraires inspirées de Twitter ou qui le simulent sans jamais y avoir été diffusées (ex: Twitterature: The World’s Greatest Books in Twenty Tweets or Less d’Alexander Aciman et Emmett Rensin).

Ce seront les œuvres de la seconde catégorie qui retiendront finalement mon attention car ces expériences créatives, qui se sont déroulées dans un laps de temps précis, par exemple, pour Croisade, Thierry Crouzet a tweeté du 25 décembre 2008 au 1er avril 2010, relèvent sous bien des aspects de la performance.  La twittérature semble renouer avec une temporalité proche de celle de l’oral où le message ne se révèle, pour reprendre la citation de Paul Zumthor présente dans l’appel à communication, qu’« au fur et à mesure de son déroulement, de manière progressive et concrète »[1]. Aussi, pour un auteur, écrire sur Twitter c’est presque instantanément être lu. Comme dans les performances artistiques, la contemporanéité de la création est celle de sa réception. Les tweets sont suivis par les lecteurs qui sont partie prenante de la création de l’œuvre puisqu’ils la commentent et la relaient en retweetant. Le lecteur se fait prescripteur et relecteur privilégié d’une œuvre sur laquelle il peut éventuellement influer puisque l’auteur a accès à ces commentaires et peut ainsi prendre connaissance de la réception de ses textes.

L’intérêt principal de la Twittérature semble être d’appartenir à cette « littérature contextuelle »[2] décrite par David Ruffel et de proposer de nouvelles médiations pour le texte. A l’instar de la performance, des projets d’écriture sur Twitter comme Tweet rebelle de Jean-Yves Fréchette sont ontologiquement liés à une démarche expérimentale, ce qui explique en partie la rhétorique prégnante dans le péritexte des expériences de twittérature qui revendique un statut de pionner[3].

Dans la Twittérature comme dans les performances artistiques,  l’expérience de l’œuvre compte plus que son résultat. A ce titre, l’enjeu de la twittérature réside bien plus dans la découverte quotidienne et fragmentaire d’une œuvre en train de s’écrire que dans l’œuvre close telle qu’elle se manifeste dans le livre qui en résulte parfois. Par ailleurs, la publication papier peut être considérée comme la trace, l’archive de la performance littéraire de Twittérature. Or, comme les performances, ce sont  le dispositif spécifique dans lequel les textes ont été créés et la temporalité dans le cadre de laquelle ils évoluent qui sont au cœur du projet littéraire des auteurs. Les œuvres appartiennent au flux du Web[4] qui s’oppose catégoriquement à la stabilité du livre. Par conséquent, la remédiatisation en livre dont la Twittérature fait fréquemment l’objet apparaît paradoxale. En effet, les aspects expérimentaux, performatifs et novateurs des œuvres s’atrophient une fois transférés sur papier. Les œuvres de Twittérature, dont la présence sur le réseau apparaissait comme une manière d’échapper au monopole symbolique du livre et par là-même de remettre en question la rigidité de la chaîne éditoriale, voient ainsi toute leur force subversive et réflexive s’évanouir face à une remédiatisation qui semble trahir la démarche expérimentale des auteurs.

Télécharger le powerpoint de la communication.


[1] Paul Zumthor, Introduction à la poésie orale, Paris, Seuil, 1983, p. 40.

[2] David Ruffel, « La littérature contextuelle », Littérature n° 160, décembre 2010.

[3] Le « premier twiller[3]» français sur Twitter pour Crouzet et le « premier institut de twittérature comparée » pour Fréchette et LeBlanc. N.b. Twitter+ thriller = Twiller

[4]Cf. Bertrand Gervais et Anaïs Guilet, « Esthétique et fiction du flux. Éléments de description », Protée, Vol.39, n°1, Université du Québec à Chicoutimi, 2011.

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Appel à contribution – Cahier virtuel du NT2 – Esthétique des œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles: littérature et arts

En 2006, Paul A. Fishwick édite Aesthetic computing— fruit d’un workshop multidisciplinaire sur les relations entre l’expérience esthétique et celle du numérique —, dont l’objet est de poser les premiers jalons d’une théorie, voire d’une discipline : celle d’une esthétique numérique. Il mentionne que l’intérêt de cette nouvelle approche porte sur « les impacts et les effets de l’esthétique sur le champ du numérique » (Fishwick, 2006 : 3). Mais, le questionnement qui traverse depuis quelques années déjà les études sur les œuvres littéraires ou artistiques numériques se pose régulièrement à partir du constat inverse, à savoir quels sont les effets du numérique sur l’esthétique d’un récit, d’un poème ou d’une œuvre visuelle? À tout le moins, ce qui semble s’esquisser là est la nécessité de penser l’esthétique artistique et la poétique littéraire dans leurs relations avec le numérique. C’est pourquoi, eu égard aux évolutions constantes et aux changements que le numérique entraîne sur les formes d’expression, les modalités et les supports empruntés, il nous semble des plus pertinent d’envisager, concevoir, problématiser et théoriser une esthétique (art visuel) ou une poétique (littérature) des œuvres hypermédiatiques.

Si plusieurs propositions théoriques ou essais de taxinomie sur les pratiques littéraires numériques et sur leurs caractéristiques existent (cf. Bootz 2006, Saemmer 2007 et 2015, Di Rosario 2012, etc.), très peu d’études ont été consacrées aux œuvres pour écrans tactiles (tablettes tactiles et téléphones intelligents), notamment aux œuvres applicatives qui leur sont essentiellement destinées. Nous aimerions donc consacrer un cahier virtuel, à paraître sur le site Web du laboratoire NT2 consacré aux arts et littératures hypermédiatiques, à l’esthétique et à la poétique de ces œuvres applicatives, que certains appellent livres augmentés ou enrichis et que nous choisissons de qualifier d’œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles.

En effet, si l’on définit le livre du point de vue de sa matérialité comme un « Assemblage d’un assez grand nombre de feuilles […], portant des signes destinés à être lus » (Le Petit Robert, 2004 : 1503), les œuvres qui nous intéressent ne constituent pas des livres. Il serait plus pertinent de parler de textes, mais ces œuvres sont multimédias. Toutefois, parler de texte «augmenté» ou «enrichi» ne nous apparaît pas plus satisfaisant. À l’image de ce que constate Marc Jahjah (2013) dans son billet de blogue, ces adjectifs sembleraient supposer qu’il existe un texte de base qui ait été créé en premier, puis enrichi. Or, il est le plus souvent difficile de juger d’une telle temporalité. Peut-être, à la limite, pourrions-nous parler d’enrichissement pour qualifier les œuvres qui sont le fruit d’un travail de remédiatisation, par exemple l’adaptation de Sherlock Holmes: La bande Mouchetée (2011) réalisée par Byook ou de The War of The Worlds for iPad (2010) par Smashing Ideas Inc., qui reprennent les textes originaux de Shelley et de Wells.

Notre objectif sera moins de placer les œuvres qui nous intéresseront en rupture avec l’histoire littéraire, qu’avec l’histoire du livre (comme support). Et ce, afin d’accorder à ces formes une certaine autonomie, mais aussi afin de souligner que le livre n’est pas le seul support possible du littéraire et qu’il faut éviter de leur attribuer un rapport métonymique. Dans la continuité des réflexions opérées par Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel (2010) dans l’introduction à leur dossier sur la “Littérature exposée”, nous envisagerons cette littérature « hors du livre » tout en proposant d’aborder les œuvres dans la lignée des recherches effectuées en littérature hypertextuelle et hypermédiatique. C’est pourquoi nous proposons de parler d’œuvres littéraires hypermédiatiques pour écrans tactiles.

Nous aimerions envisager plusieurs types d’œuvres littéraires hypermédiatiques pour écrans tactiles :

  • Les œuvres narratives, dans lesquelles nous pouvons faire entrer les fictions comme Device 6 (2013) édité par Simogo AB, Besides Myself: An Interactive Novel for the iPad (2012) de Jeff Gomez et L’Homme Volcan (2011) de Mathias Malzieu, en même temps que les œuvres à caractère documentaire comme Derrière le miracle (2011) réalisé par we+are interactive ou Life: a Journey (2012) de Jürgen Neffe par Libroid.
  • Les œuvres de littérature jeunesse comme Moutcho et Pitrouille (2013) réalisée par IBOO interactive ou encore The Fantastic Fying Books of M. Morris Lessmore (2011) de Moonbot Studio.
  • Les bande-dessinées à l’image de Je vous ai compris (2013) édité par Magnificat Films ou Guerre de 1812 (2012) créée par NFB Digital Studio.
  •  Les œuvres de poésie que To this Day (2013) de Shane Koyczan et Moving Tale, les P.o.E.M.M. (Poetry for Excitable [Mobile] Media, 2014) de Jason Edward Lewis et Spine Sonnet (2011) de Jody Zellen peuvent exemplifier.

Définir une poétique des œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles implique de considérer plusieurs aspects. D’une part, il s’agit de se demander quels sont les éléments qui créent la poéticité des œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles ? Quels sont leurs fondements esthétiques ? Comment procède et d’où naît leur littérarité ? D’autre part, les éléments de nature poétique dans les œuvres littéraires pour écrans tactiles sont-ils similaires à ceux opérant dans les œuvres pour écrans non tactiles ? Autrement dit, est-ce que la poétique des œuvres pour écrans tactiles possède les mêmes traits définitoires que celle des autres œuvres hypermédiatiques ?

Cette dernière interrogation entraîne elle-même une série de questions : s’il y a des différences sur le plan poétique entre les œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles et celles pour écrans non tactiles, comment caractériser cette évolution ? Aussi, quels sont l’impact et le rôle que joue l’interactivité accrue par la dimension tactile dans une poétique des œuvres littéraires hypermédiatiques pour écrans tactiles ? Enfin, en quoi les catégories esthétiques établies pour un genre donné d’œuvre hypermédiatique s’appliquent-elles aux œuvres pour écrans tactiles ? Le cas échéant, dans quelle mesure fonctionnent-elles encore adéquatement ? Nous pouvons penser ici aux taxonomies élaborées par Philippe Bootz (2006) et Giovanna Di Rosario (2012) pour le poème numérique, ou au travail de description et catégorisation d’Alexandra Saemmer sur la Rhétorique du texte numérique (2015). Toutes ces taxonomies sont-elles adéquates pour aborder les œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles ? Et si l’on fait l’hypothèse que leurs modalités ne sont pas strictement identiques à celles des œuvres pour écrans non tactiles, dans quelle mesure sont elles différentes et surtout en quoi ?

Nous sollicitons des propositions adoptant avant tout des approches sémiologique, esthétique ainsi que poétique et analysant des œuvres littéraires et artistiques pour écrans tactiles.

Les propositions d’article (max. 500 mots), accompagnées d’une notice bio-bibliographique, devront être envoyées à Emmanuelle Pelard (emmanuelle.pelard@gmail.com) et Anaïs Guilet (anaisguilet@hotmail.fr) avant le 15 mai 2015. Les réponses seront transmises début juin et les articles devront être rendus avant le 15 septembre 2015.

Bibliographie

  • Bootz, Philippe (2006). « Vers de nouvelles forme en poésie numérique programmée?», RiLUnE, n°5, p. 19-35.
  • Di Rosario, Giovanna (2012). « Electronic Poetry : How to Approach it? », Texto!, vol. XVII, n°1 et 2 .
  • Fishwick, Paul A. (2006). Aesthetic computing. Cambridge / London : MIT Press.
  • Jahjah, Marc (2010). « Le livre enrichi : définitions, précisions, mises au point », 29 novembre, en ligne: http://www.sobookonline.fr/livre-enrichi-social-interactif/le-livre-enri… definitions-precisions-mises-au-point-pas-encore-tres-au-point/ (consulté le 19 mai 2012).
  • Rosenthal, Olivia et Ruffel, Lionel (2010) . « Introduction ». Littérature 160.4.
  • Saemmer, Alexandra (2007). Matières textuelles sur support numérique. Ed. Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine. Saint-Étienne : Publications de l’Université de Saint-Étienne.
  • Saemmer, Alexandra (2015). Rhétorique du texte numérique : Figures de la lecture, anticipations de pratiques. Villeurbanne : Presses de l’enssib.

 

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