Montage/Démontage/Remontage, un nouveau numéro de la revue Textimage

Le dernier numéro de la revue Textimage vient de paraître.

Il est consacré aux actes du colloque « Entre textes et images: montage/démontage/remontage », organisé à Lyon les 20, 21, et 22 novembre 2014 par Jean-Pierre Esquenazi, Olivier Leplâtre et Aurélie Barre

J’y propose un article intitulé: « Remix Gogol : L’adaptation hypermédiatique du Journal d’un fou par Tom Drahos »

Résumé:

Dans l’œuvre hypermédiatique sur CD-ROM Le journal d’un fou[1], Tom Drahos réalise une adaptation du texte de Nicolas Gogol, qu’il fait cohabiter avec des images, des vidéos et des animations mais aussi avec d’autres textes, tous issus du Web. Pour Drahos, le champ littéraire est un terrain fécond d’expériences plastiques. Son œuvre est le résultat d’une remédiatisation, d’un remontage, où le texte de Gogol reste littéralement présent puisqu’ il est lu par une voix-off, dans sa traduction française et en une version légèrement tronquée. Ainsi, le texte original n’est pas complètement substitué à l’image ou transformé en simple scénario, comme pour les adaptations cinématographiques : il est mis en présence. Dans « Hybridation et métissage sémiotique : l’adaptation multimédiatique », Denis Bachand déclare :

[…] la nouvelle hybridation technologique favorise l’intermédialité d’un nouvel art polyphonique où les signes typiques échangent attributs et fonctions sous la gouverne de l’hypertextualité. L’image se parcourt comme un texte qui articule un système d’indices et le texte se pare des attributs de l’image en devenant icône, voie de passage sensible, « activée », vers d’autres sites, intertextualisés.[2]

L’objectif de notre communication sera de montrer comment cette nouvelle polyphonie s’instaure dans le dispositif original proposé par Drahos dans son Journal d’un fou. Ce-dernier, en tant que tiers interprétant[3], nous propose avant tout une lecture de l’œuvre de Gogol dont le sens se voit détourné par l’hypermédia en même temps que sa puissante actualité est révélée par la remédiatisation. L’œuvre de Drahos n’est pas une illustration du texte de Gogol, mais une création à partir du Journal d’un fou : une œuvre où tous les médias dialoguent, formant un iconotexte, que l’on pourrait qualifier d’augmenté. En effet, ce ne sont plus seulement le texte et les images qui interagissent, mais aussi le son et le mouvement. L’iconotexte augmenté n’étant alors qu’une autre manière de décrire ce qu’est une œuvre hypermédiatique.

En plus du Journal d’un fou de Gogol, Tom Drahos effectue un remontage d’autres textes dont il n’explicite à aucun moment la provenance. Ce n’est qu’au prix d’une enquête menée grâce aux moteurs de recherches sur le Web que nous avons découvert qu’ils provenaient de sites comme  lesnouveauxesclaves[4]  ou  FunnyNews[5], ou encore du livre de Laurent Chemla, Confessions d’un voleur : Internet, la liberté confisquée[6]. L’étude de ces sources révèle des problématiques communes à l’œuvre de Gogol : elles sont souvent politiques et traitent de l’homosexualité, de la liberté, du cyberespace et de ses utopies. Dans Palimpsestes, Gérard Genette qualifie d’art du bricolage le travail hypertextuel d’adaptation et de recyclage, qui permet de faire du neuf avec du vieux.

(…) l’art de « faire du neuf avec du vieux» a l’avantage de produire des objets plus complexes et plus savoureux que les produits « faits exprès » : une fonction nouvelle se superpose et s’enchevêtre à une structure ancienne, et la dissonance entre ces deux éléments coprésents donne sa saveur à l’ensemble.[7]

C’est à un tel art du bricolage que s’adonne Drahos, permettant alors de repenser le texte de Gogol et de favoriser l’émergence d’une nouvelle interprétation. Le plasticien construit ce jeu de remontage dans un hypermédia et puise ses hypotextes dans la culture classique, dans ses archives personnelles dont il tire les photographies et les vidéos, mais aussi sur des sites Web. Par ce jeu, à la fois transtextuel et intermédiatique, il fait entrer le texte de Gogol dans la cyberculture, une culture qui affectionne le sample et le remix. Drahos l’explicite lui-même :

La culture du sampling et du recyclage à l’infini fait partie de notre époque. Sans doute, est-ce là une façon de vivre la réalité et une manière de concevoir notre monde. Grâce à ces images et à ces sons recyclés, je pense qu’il y a ici quelque chose de très grisant qui se joue.[8]

La littérature consacrée se mêle au Web et sa culture participative en même temps qu’elle devient l’objet d’un travail plastique. À l’ère du copier-coller, la question du plagiat est mise en jeu et en lumière. Ce jeu référentiel peut être rapproché de ce que Raymond Federman dans « Imagination as Plagiarism [an Unfinished Paper...] » appelle le PLAYGIARISM :

Text is in fact always a pre-text, that is a text waiting indefinitely to be completed by the reading process. It is a MONTAGE/COLLAGE of thoughts, reflections, meditations, quotations, pieces of my own (previous) discourse (critical, poetic, fictional, published and unpublished)… for PLAGIARISM read also PLAYGIARISM.[9]

Le PLAYGIARISME correspond ainsi à la réutilisation intentionnelle, conceptuelle et ludique de matériaux préexistants. Il semblerait alors que toute lecture, ainsi que tout travail d’adaptation, de citation, de réappropriation engageant une dimension intertextuelle, impliquent aussi, dans une certaine mesure, ce jeu de plagiat. Drahos construit ainsi une pratique créative qui s’inscrit dans la culture du remix telle qu’elle est théorisée dans Remixthebook par Mark Amerika, dont le leitmotiv est « Source Material Everywhere ».


[1] Drahos, Tom. Le journal d’un fou. CD-ROM. Rennes : ERBA, 2005.

[2] Bachand, Denis. « Hybridation et métissage sémiotique : l’adaptation multimédiatique. » Applied semiotics/ semiotique appliquée. Vol. 4, n° 9, 2000, p. 57-58. En ligne, consulté le 8 septembre 2009.

[3] Voir : Clerc, Jeanne-Marie et Carcaud-Macaire, Monique. L’adaptation cinématographique et littéraire. Paris : Klincksieck, 2004, p. 92. « La notion de tiers interprétant désignera donc ainsi un espace de médiation dynamique qui gère l’opération de lecture du texte support précédent l’adaptation, et l’opération d’écriture du film lui-même. (…) Le mécanisme de réglage que constitue le tiers interprétant déconstruit le texte premier et le redistribue, par l’intermédiaire d’un nouveau médium, l’image, en matériau constitutif d’un nouveau texte et de nouvelles formes signifiantes : le film. Il s’agit donc bien d’un espace de médiation, générateur d’altérité essentielle. Mais médiation dynamique car les données formelles, les représentations et les discours s’y structurent en se restructurant. »

[4] En 2005, date de création du Journal d’un fou de Drahos, ce site était accessible à l’adresse : http://monsite.wanadoo.fr/lesnouveauxesclaves.html, qui aujourd’hui n’est plus disponible, sauf grâce au site d’Internet Archive et la Wayback Machine, consulté le 16 août 2012.

[5] Le site, créé en 2002, propose un mélange de retranscriptions de dépêches de presse et de commentaires ironiques personnels, sur des sujets variés souvent décalés mais aussi parfois politiques.

[6] Le livre a paru chez Denoël en 2002 mais on peut le trouver, en accès gratuit sur Internet selon la volonté de l’auteur- consulté le 10 août 2012.

[7] Genette, Gérard. Palimpsestes : la littérature au second degré. Paris : Ed. du Seuil, 1982, p. 451.

[8]Drahos, Tom. « Tom Drahos ou l’abîme de l’arborescence ». Entretien avec Bertrand Gauguet. Archée. Janvier et septembre 2000. En ligne,  Consulté le 15 août 2012.

[9] Federman, Raymond . “Imagination as Plagiarism [an Unfinished Paper...]”. New Literary History. Vol. 7. N° 3. 1973, p. 565-566.

 

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Liber Numericus à Stereolux

Qui remportera la bataille opposant le livre à la tablette, ou plus largement le livre au numérique ? Cette interrogation, tout comme la prédiction de la disparition du livre, relève avant tout du fantasme.

Comme le révèlent auteurs, artistes et éditeurs, le numérique constitue avant tout un défi à relever pour le livre car il nécessite de nouvelles façons de le concevoir.

 

L’exposition « Liber Numericus » met en lumière les mutations et les nouvelles représentations du livre, tant en littérature que dans la création plastique contemporaine.

De l’ouvrage House of Leaves de M. Z. Danielewski dont le mode de lecture est inspiré de la navigation sur Internet, à la sculpture Hyper Book d’Airan Kang constituée de livres en plastique dont le contenu défile sur les tranches, en passant par les applications pour tablettes proposant une lecture enrichie… La mise en relation du livre avec le numérique, loin de menacer le premier, est au contraire la source d’un renouveau et d’une créativité jubilatoires.

Le livre est mort, vive le livre !

Une exposition présentée par Stereolux, Anaïs Guilet, Soline Haudouin et Aurélie Tiffreau

Kyle Bean, The Future of Books, 2008. Copyright Kyle Bean.

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Around the world, around the world, etc. L’esthétique du flux dans Autour du monde de Laurent Mauvignier

Les 10 & 11 mars prochain aura lieu à l’Université Jean Moulin-Lyon 3, le colloque Internet est un cheval de Troie organisé par Gille Bonnet et l’équipe MARGE.

Programme à télécharger.

Résumé de ma communication:

Around the world, around the world, etc. L’esthétique du flux dans Autour du monde de Laurent Mauvignier

Le dernier roman de Laurent Mauvignier, Autour du monde, est une œuvre chorale basée sur une ronde de quatorze histoires. Celles-ci ont la particularité de se dérouler sur tous les continents à une date précise : le 11 mars 2011, à l’heure du tremblement de terre au Japon, qui entraîna le tsunami et le drame de Fukushima. L’auteur nous fait faire un tour du monde à un moment dont la teneur événementielle, catastrophique et historique, rompt avec la banalité de faits apparemment divers.

Le roman offre une réflexion sur le monde, tel qu’il est avant tout image et fiction du monde pour tout un chacun : un réel avant tout médiatisé[1], un signe[2]. Toutefois, si le monde est construit à partir de fictions, Mauvignier en tire comme conséquence que seule la fiction peut en retour nous aider à en percevoir la consistance. Pour décrire ce réel, il multiplie les images et les signes, les intertextes littéraires et artistiques[3] en même temps que les références populaires : les marques (McDonalds, Nissan), les phrases toutes faites (« Les Heureux Gagnants », « le Sourire Commercial »), comme les slogans publicitaires (« Porter Shalimar c’est laisser ses sens prendre le pouvoir »). Les personnages sont interrompus par les nouvelles télévisées, font des recherches sur Internet, envoient des SMS. La forme même du roman, entre flash d’information et zapping, met en scène le monde contemporain et la culture qui le caractérise. L’œuvre oscille en permanence entre l’individuel et l’universel, le subjectif et le culturel. Elle met en scène, pour reprendre le vocabulaire de Deleuze et Guattari[4], un système qui territorialise et déterritorialise ad nauseam les éléments dont il est composé, offrant dans un même mouvement une image de ce que l’on appelle, d’après le terme quelque peu galvaudé de McLuhan[5], « le  village global » ou « planétaire ».

Du fait de ce jeu avec la fiction, de cette intertextualité, de son statut de roman choral, mais aussi de sa construction, Autour du monde participe de l’esthétique de flux telle que Bertrand Gervais et moi-même avons pu la définir dans notre article, « Esthétique et fiction du flux. Éléments de description »[6]. Comme le cyberespace, le roman de Mauvignier se définit par sa structure rhizomatique, sa capacité à créer des relations. Il apparaît donc comme le témoin de la culture contemporaine caractérisée par une certaine forme de liquidité et une interconnexion permanente entre les êtres et les choses. L’esthétique du flux que Gervais et moi avions essayé de cerner grâce à l’observation de plusieurs œuvres hypermédiatiques, aurait donc contaminé le roman imprimé.

L’objectif de cette communication sera de montrer comment elle se déploie dans l’œuvre de Mauvignier, puis d’évaluer les enjeux d’une telle reprise puisque cet emprunt à la cyberculture fait ultimement partie d’un appareil critique et réflexif efficace, mis en place par l’auteur. En effet, cette esthétique “peut être perçue comme une métaphore de la société d’hyperinformation qui caractérise notre époque car elle implique un flux de données constant qui dépasse toute capacité d’appréhension possible et laisse finalement le [lecteur] hors-jeu. (…) Il est ainsi contraint à un musement répétitif et solipsiste, et à une entropie symbolique”[7]. Seul, l’incident, l’évènement peuvent interrompre le flux et ainsi nous permettre d’en sortir, de prendre nos distances avec lui, ne serait-ce que quelques instants. Or, cet incident semble chez Mauvignier prendre principalement deux formes : celle du tsunami bien sûr, mais surtout et avant tout peut être, celle du roman.


[1] Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Paris : Galilée, 1981.

[2] Au sens qu’en donne Charles S. Peirce dans sa sémiotique.

[3] Par exemple Shorts Cuts de Robert Altman adapté de Carver, La Ronde d’Arthur Schnitzler, L’Usage du monde de Nicolas Bouvier.

[4] Cf. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2: Mille plateaux, Paris: Éditions de Minuit, 1980.

[5] Cf. Maxime Szczepanski, « Le village planétaire. Variations sur l’échelle d’un lieu commun », Mots. Les langages du politique, n° 71, 2003. En ligne : http:// mots.revues.org/8553, consulté le 14 juillet 2015.

[6] Bertrand Gervais et Anaïs Guilet « Esthétique et fiction du flux. Éléments de description », Protée, vol. 39, n° 1, 2011, p. 89-100. En ligne : http://id.erudit.org/iderudit/1006730ar, consulté le 1 juillet 2015.

[7] Ibid, p. 99.

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Poétiques et esthétiques numériques tactiles: Littérature et Arts

J’ai le plaisir d’annoncer la parution d’un cahier virtuel  sur le site du laboratoire NT2, consacré aux Poétiques et esthétiques numériques tactiles: Littérature et Arts . Il est édité en collaboration avec Emmanuelle Pelard, chercheur en sémiotique de l’université du Luxembourg.

Considérer, concevoir, problématiser et théoriser une esthétique (art visuel) ou une poétique (littérature) des œuvres hypermédiatiques s’avère essentiel quant aux évolutions constantes et aux changements que le numérique entraîne sur les formes d’expression, les modalités et les supports empruntés. D’une part, nous interrogerons les éléments qui créent la poéticité ou l’esthétique des œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles. Autrement dit, comment procèdent et d’où naissent leurs qualités littéraires et esthétiques? D’autre part, nous nous intéresserons aux éléments de nature poétique dans les œuvres littéraires pour écrans tactiles: sont-ils similaires à ceux opérant dans les œuvres pour écrans non tactiles? C’est-à-dire, est-ce que la poétique ou l’esthétique des œuvres pour écrans tactiles possède les mêmes traits définitoires que celle des autres œuvres hypermédiatiques? Cette dernière interrogation entraîne elle-même une série de questions: s’il y a des différences sur le plan poétique et esthétique entre les œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles et celles pour écrans non tactiles, comment caractériser cette évolution? Aussi, quels sont l’impact et le rôle que joue l’interactivité accrue par la dimension tactile dans ces œuvres hypermédiatiques? En regard de l’Histoire courte des humanités numériques, il faudra donc également analyser et mesurer l’impact de l’inclusion de la technologie tactile sur les réflexions préalablement engagées. Quels gestes et manipulations, quels processus lecturaux, quelles esthétiques nouvelles engagent-elles? Comment ces gestes et opérations ou figures de manipulation, renouvelés dans une certaine mesure par les possibilités du support tactile, sont-ils partie intégrante de l’esthétique de l’oeuvre hypermédiatique?

Ce dossier nous permettra d’envisager plusieurs types d’œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles:
D’abord les œuvres narratives, parmi lesquelles nous incluons les fictions comme Besides Myself: An Interactive Novel for the Ipad (2012) de Jeff Gomez, L’Homme Volcan (2011) de Mathias Malzieu, ou Device 6 (2013) édité par Simogo AB, de même que les oeuvres à caractère documentaire comme Derrière le miracle (2011) réalisé par we+are interactive ou Life: a journey (2012) de Jürgen Neffe par Libroid.  Entrent également dans cette catégorie les versions numériques des œuvres de Mark Z. Danielewski, The Fifty Year Sword et The Familiar Volume 1: One Rainy Day in May, étudiées par Côme Martin dans son article intitué «« An experience that you can’t get in other media »? Du livre à l’écran, deux adaptations des œuvres de Mark Z. Danielewski», ainsi que les oeuvres de littérature jeunesse analysées par Eleonora Acerra dans «Poétique des oeuvres hypermédiatiques dans un corpus d’adaptation de littérature jeunesse». Le récit graphique et la bande-dessinée, à l’image de Guerre de 1812 (2012) créé par NFB Digital Studio ou de Je vous ai compris (2013) édité par Magnificat Films, seront aussi représentés à travers l’article de Valérie Dupuy consacré aux Webtoon: «Le webtoon, une esthétique de l’hypotypose».

Il existe également un corpus d’œuvres de poésie que To this Day (2013) de Shane Koyczan et Moving Tale, les P.o.E.M.M. (Poetry for Excitable [Mobile] Media, 2014) de Jason Edward Lewis, Spine Sonnet (2011) de Jody Zellen ou le cycle de poésie du signe de Jörg Piringer peuvent exemplifier. Emmanuelle Pelard nous proposera une réflexion sur les éléments d’une poétique de ces pratiques hypermédiatiques de poésie pour écrans tactiles, dans un article intitulé: «Poétique de la poésie numérique pour écrans tactiles». L’article de Serge Bouchardon, Hélène Caubel et Pierre Fourny, «Les écrans mobiles et tactiles: des lieux de spectacle vivant? Le cas de la Poésie à 2 mi-mots», viendra en contrepoint illustrer le point de vue de la recherche-création sur la construction de ces nouveaux objets littéraires mais aussi artistiques, offrant ainsi une transition vers notre quatrième type d’oeuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles. Dans une perspective de recherche-création proche de celle de Bouchardon et al., Marc Veyrat et Franck Soudan, dans l’article «Le Jardin des Délices: la trans-apparence ou le toucher de l’ange», nous offriront une approche originale des pratiques artistiques moins centrées sur le texte que sur l’image, saisissant ainsi la question du tactile à bras le code.

Qu’il s’agisse de la Poésie à 2 mi-mots ou du Jardin des délices, nous avons affaire à des oeuvres ouvertes sur leur extérieur, qui contrairement à d’autres productions pour écrans tactiles mobiles, comme par exemple celles de Danielewski ou les oeuvres jeunesse étudiées par Eleonora Acerra, s’inscrivent résolument dans le flux et jouent à plein des fonctions de l’écran relié. C’est également ce type d’oeuvres qui intéresse Alexandre Gefen et Claire Jeantet dans leur article «Le livre hors le livre» consacré aux oeuvres à caractère littéraire utilisant la géolocalisation, ouvrant de ce fait le texte sur le monde du lecteur.

En guise de conclusion l’article de Diogo Marques «Through the Touching Glass: Literature for Haptic Inter[(surf)aces]», nous proposera une approche plus globale de la navigation sur écrans tactiles, s’intéressant tout particulièrement à sa fonction haptique et à l’interaction, rarement mentionnée, entre la main et l’oeil, à la relation entre les différentes surfaces de verre (celles du monde et celles de l’écran) impliquées dans la littérature hypermédiatique.

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Lectures digitales (l’écran au bout des doigts)

Lectures digitales, est un livre numérique rassemblant dix contributions concernant les pratiques de lecture, d’écriture et d’édition sur les objets nomades connectés et tactiles, publié le 31 décembre 2015 chez publie.net et édité par Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet et Martin Rass,  en collaboration avec le master « Livres et médiations » de l’Université de Poitiers.

Cet ouvrage fait suite au colloque Lectures Nomades qui a eu lieu les 13 et 14 juin 2014, organisé en partenariat avec le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes, la médiathèque de Poitiers et avec le soutien du Laboratoire FoReLL, et de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers.

Le livre est offert gratuitement au téléchargement et disponible sous licence creative commons.

Les pratiques de lecture évoluent. En matière de lecture numérique, les nouveaux outils induisent toujours de nouveaux usages et de nouvelles possibilités. En quoi lit-on différemment sur un outil nomade et connecté (smartphone, tablette, liseuse) ? Qu’y lit-on précisément ? Comment les auteurs, les éditeurs, les chercheurs, les lecteurs appréhendent-ils ces outils ? Quelles nouvelles formes sont développées sur ces supports et comment sont-elles reçues ?

Rassemblées au sein de ce livre, chacune dans son domaine, arts ou recherche, dix contributions tentent d’explorer les champs ouverts par ces interrogations.

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Table des matières

Introduction — Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet, Martin Rass

La lecture digitale, quel modèle ? — Martin Rass

Esthétique de la scission : une lecture littéraire de Beside Myself de Jeff Gomez — Anaïs Guilet

Figures de la lecture « augmentée » dans les romans enrichis pour adultes — Nolwenn Tréhondart

Regards sur l’appropriation des tablettes et des liseuses en tant que support de lecture — Charline Hatton, Matthias Millon, David Guillemin

GéoCulture et la géolocalisation de contenus culturels : enjeux scientifiques d’un service numérique innovant — Olivier Thuillas

Des ruptures dans les routines d’exécution. Sur quelques pratiques de fabrication des livres numériques chez Publie.net — Marc Jahjah

L’hyperfiction Conduit d’aération : entre littérature et design, construction d’un roman augmenté pour tablettes et liseuses — Lucile Haute

Fenêtre augmentée et Flatland : une exposition et une édition numériques — Thierry Fournier, J. Emil Sennewald

L’écran, nouveau support de l’écrit, nouvelle influence ? — Bertrand Sandrez

Écriture et technique : quelle ontologie du livre numérique ? — Isabelle Pariente-Butterlin

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