Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation

Programme du Colloque international « Text/ures de l’objet livre: hybridation, transposition, transmédiation »– Paris, 23, 24, 25 novembre 2015 

Serions-nous, comme le proclame François Bon, « après le livre » ?
Citant notamment Walter Benjamin, pour qui au début du vingtième siècle « tout indique maintenant que le livre sous sa forme traditionnelle approche de sa fin », Bon se fait la réflexion suivante : « Et si le fait que cette phrase ait été écrite et publiée en 1927 par un penseur essentiel indiquait seulement que l’idée de rupture est peut-être inhérente au livre qui n’a jamais vraiment eu de forme ‘traditionnelle’, en tout cas aucucune qui puisse participer de la définition même du livre, si tant est (avec Kant par exemple) qu’on puisse parvenir à la produire ? » (Après le livre, 123) À cet égard, Johanna Drucker, s’appuyant quant à elle sur la pensée de Jerome McGann, souligne le dynamisme propre au support livresque : « Un livre n’est jamais identique à lui-même. Un livre n’est pas artefact statique et inerte que l’on referfe sur sa couverture » (« A book is never ‘self-identical’. A book doesn’t close on itself as a static, inert artifact between boards or covers. »)

De telles lectures invitent alors à l’élargissement de la définition de l’objet-livre, dont la matérialité peut-être étendue au-delà du seul codex pour inclure les dispositifs numériques. La question que nous souhaiterions soulever à l’heure où l’on pose volontiers une nouvelle « fin du livre » est alors celle, plutôt, du redéploiement de l’objet-livre autour de ce qu’on pourrait appeler sa textualité. Tandis que les livres-objets soulignent des potentialités livresques jusqu’ici peu développées, ces textures nouvelles et/ou réinventées au prisme du numérique révèlent simultanément la part que jouent l’hybridation, la transposition ou la transmédiation dans nos pratiques textuelles contemporaines, de la conception d’une oeuvre à sa lecture/performance, en passant par sa réception critique ou son archivage.

On pourra alors s’intéresser à l’influence réciproque des modalités propres au livre d’une part et aux jeux vidéo d’autre part. On pourra ainsi étudier par exemple la façon dont la poétique d’oeuvres papier ou numériques a pu être incorporée et/ou transformée par les codes vidéoludiques. Comment le livre et, au-delà, ses modalités de lecture, sont-ils plus généralement retravaillés par d’autres médias ? Au-delà du parcours narratif dévoilé par un clic de souris, par exemple, que se passe-t-il quand le sens se déploie dans le toucher, l’exploration et le jeu, comme c’est le cas des oeuvres sur tablette qui demandent à être secouées, retournées ou grattées pour passer au tableau/écran/niveau suivant ? Ces mouvements caractéristiques des jeux vidéo et de leurs dispositifs construisent-il une nouvelle forme de lecture-jeu et peuvent-ils à leur tour être transposés ou transmédiatisés dans le livre imprimé ? Quelle est alors la part, dans les pratiques que nous faisons de ces objets, de la narration, de la simulation, de la manipulation, et comment celles-ci travaillent-elles la texture même de l’oeuvre ?

Quel type d’archivage — sur un plan à la fois concret et épistémologique — exigent alors ces oeuvres au sein desquelles se brouillent les notions de lecture, d’écriture et de performance ? En dépliant le support de son information, le processus de l’archivage numérique oblige à repenser les chaînes de matérialités de toute forme de document. Il s’agit alors d’interroger la manière dont la chaîne même de transmission et de conservation des inscriptions, informe ou déforme la texturalité du livre. Par la recherche d’éléments de comparaison en dehors des justifications du « Texte », le colloque se propose également de recueillir les expériences de pratiques d’inscription et de dispositifs d’écritures, situés à distance de la narration et que l’on a l’habitude de regrouper sous le terme d’« archives ».

Ce colloque s’inscrit dans un projet tri-annuel soutenu par le Labex Arts H2H « Text/ures : l’objet libre du papier au numérique » (http://www.labex-arts-h2h.fr/fr/text-ures-l-objet-livre-du-papier.html) qui explore la gamme d’objets hybrides que sont les livres d’artistes, les livres animés, les ouvrages composites de la littérature contemporaine, les livres sculptures ainsi que les nouveaux livres numériques, qui chacun à leur façon, par leur appartenance à la fois au domaine littéraire et à la culture graphique ou plastique échappent à toute tentative de classification. Par text/ures, on entend explorer le rapport entre le texte et sa matière, la façon dont il est mis en relief, voire activé par des mécanismes papier ou numériques. A qui s’adressent ces objets livres ? Quelle(s) temporalité(s) de lecture nécessitent ces ouvrages? Quels modes d’accès au sens convoquent-ils ? Plus largement, sont-ils voués à être vus, lus, exposés, dépliés, manipulés, collectionnés, conservés ? L’idée est de travailler au cœur de la matière pour explorer aussi bien les assemblages du texte que ses déploiements haptiques.

Lundi 23 novembre – Archives Nationales

9h : Ouverture Françoise Banat-Berger (Directrice des Archives), Alexandra Saemmer (LABEX Arts H2H), Gwen Le Cor, Stéphane Vanderhaeghe

9h30- 10h35: Joseph Tabbi (University of Illinois, Chicago), Relocating the Literary: Imaginings of E-Literature in the Print Fiction of Robert Coover, Thomas Pynchon, William Gibson, and Joshua Cohen

10h35-11h10: Andrew Roberts (University of Dundee, Scotland) and Theresa Muñoz, “Materiality of Language in John Cayley’s theory and practice”

11h35- 12h10 : Sylvia Chassaing (Université Paris VIII), “Pratiques du livre et imaginaires du texte dans Un livre blanc de Philippe Vasset et Œuvres d’Edouard Levé”

12h10- 12h45 : Hélène Raymond (Université Paris Ouest Nanterre), “Le livre et la mémoire numérique : étude de cas”

14h15- 16h : PANEL, “From the Ephemeral to the Everlasting: Zines and Monumental Novels in a Digital Era”, Kiene Brillenburg Wurth, Sara Rosa Espi, Inge van de Ven (Utrecht University, Netherlands) and Anna Poletti (Monash University, Australia).

16h15 – 17h30 : « Le devenir de l’objet-archives dans le monde numérique: regards croisés et contrapuntiques », table ronde animée par Pierre Marcotte (Archives Nationales).

Mardi 24 novembre, Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs

10h- 10h35 : Côme Martin (Université Paris IV Sorbonne), “Transmédialité et interactivité: de l’objet-livre à la fiction rhizomatique”

10h35- 11h10 : Anais Guilet (LLSETI, Université Savoie Mont Blanc), “Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris”

11h30-12h05: Alice Rime (Université Paris VIII) “Lire, écrire, performer. Livres chorégraphiques”

12h05-12h40 : Virginie Foloppe (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), “Je suis Alice. Folle de Vincent. Du papier à la chair digitale.”

14h00- 14h35: Mehdy Sedaghat Payam (Sobhe Sadegh Institute of Higher Education, Iran), Ph.D., “Texturality of the Books before the Digital Age” (W. Gass)

14h35-15h10: Piotr Marecki, (Uniwersytet Jagiellònski, Poland), “Strategies for augmenting books. Andrzej Głowacki’s archetypture as a model for literature”

15h40-16h15 : Anne Zeitz (Université Paris VIII), « Ici le froid exerce une toute puissante tentation – La « texturalité » de la contre-observation »

16h15-16h50: Ariane Savoie, « Textures du récit: du livre à l’œuvre numérique. »

17 h Rotonde : cocktail au sein de l’exposition « Livres et revues d’art sur support numérique : un état des lieux »

Mercredi 25 novembre, Université Paris 8

9h45-10h20: Karin Nygård (Oslo and Akershus University College of Applied Sciences, Norway), “From Work to Text to … Yoga? On Tan Lin’s Uncontainable “

10h20- 10h55: Nicola Rodger (Monash University, Australia), “HOW THE BOOK BECAME A MUG, and other adventures in transposition”

11h25-12h25 : Ellef Prestsæter (University of Oslo, Norway) Michael Murtaugh and Nicolas Malevé (SICV, Active Archives) « Paginated Vandalism: Asger Jorn’s Book Machine”

14h15 -14h50: J.R. Carpenter (Eccles Centre, British Library), “Generating Books: Print Publications as Snapshots of Digital Literary Processes”

14h50-15h50: Giovanna Di Rosario (Université de Louvain, Belgique), Nohelia Meza (Universitat Pompeu Fabra, Barcelone, Espagne) , “Texture, Polyphony, and Digital Rhetoric, Reading Déprise by Serge Bouchardon and Vincent Volckaert”

16h20-17h30 : Shelley Jackson (The New School, NYC) : “I Hold it Towards You: a Show of Hands”

À propos de cyborglitteraire

Maitresse de conférences - Université Savoie Mont Blanc Départements de Lettres & Hypermédia-Communication Laboratoire LLSETI, équipe G-SICA
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