Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans le cadre du colloque International: « Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation » – Paris : 23, 24, 25 novembre 2015

Le 24 novembre à 10h35

Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans la lignée des innombrables adaptations du chef-d’œuvre de Mary Shelley, Dave Morris, en collaboration avec Inkle et Profile Books, proposent Frankenstein For the iPad and iPhone[1] (2012), une application créée exclusivement pour iOS. L’œuvre se présente comme une nouvelle façon d’expérimenter le classique de Shelley et de l’adapter à l’ère contemporaine en le rendant multimédia et en « immergeant » le lecteur dans un récit composé selon le schéma narratif propre aux livres dont vous êtes le héros.

Cette communication se propose d’effectuer une étude de l’œuvre hypermédiatique et de son travail d’adaptation en s’attachant principalement à analyser les procédés utilisés par Morrris pour favoriser cette immersion (Schaeffer ; Esquenazi) qu’il recherche tant. Si la rhétorique du paratexte met en exergue l’immersion et l’interactivité, qui reposent entre autre sur sa structure hypertextuelle, le récit, tel qu’il est construit par Morris, s’avère finalement nier le plus souvent l’impact du lecteur. Ainsi, ses choix ne composent que d’infimes variations du récit, quand ils ne lui sont pas très directement refusés par le narrateur. De plus, quel que soit le parcours emprunté par le lecteur, le destin du créateur et de sa créature reste inexorablement inchangé. Le paradoxe est que c’est dans cette négation du pouvoir du lecteur que réside, selon nous, non seulement le nœud du travail d’adaptation, mais aussi le pouvoir immersif de l’œuvre de Morris, et ceci à l’encontre même de la rhétorique du paratexte. En effet, comme les personnages de Shelley, le lecteur semble tout à la fois libre et impuissant face à la fatalité d’un récit qui court vers une fin (Kermode) dont nul n’ignore de toute façon les affres.

Tous les procédés employés par Davis et ses collaborateurs, qu’ils favorisent ou non véritablement l’immersion fictionnelle, dessinent en creux une vision du texte sur support numérique, en même temps qu’ils dénotent, on le verra, d’une totale méconnaissance de l’histoire des pratiques hypermédiatiques. Pour appuyer cette remarque, nous effectuerons un parallèle avec une autre adaptation hypertextuelle de Frankenstein, celle de Shelley Jackson : Patchwork Girl (1995).

Bibliographie indicative

Dadoun, Roger. “King Kong : du monstre comme dé-monstration”. Littérature, N°8, 1972. Le fantastique. pp. 107-118. /web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1972_num_8_4_1061, consulté le 08 juin 2015

Esquenazi, Jean-Pierre. La vérité de la fiction. Comment peut-on croire que les récits de fiction nous parlent sérieusement de la réalité ? Paris : Lavoisier, 2009.

Jackson, Shelley (1997). « Stitch Bitch: the Patchwork Girl », Transformations of the Book, MIT, en ligne: http://web.mit.edu/comm-forum/papers/jackson.html

Joyce, Elisabeth (2003). « Sutured Fragments: Shelley Jackson’s »Patchwork Girl » in Piecework » dans Van Looy, Jan; Baetens, Jan (éd.),Close Reading New Media: Analyzing Electronic Literature. Louvain: Leuven University Press, pp. 39-52.

Kermode, Franck. The Sense of an Ending. Oxford & New York: Oxford University Press 2000 [1966].

Lahire, Bernard. L’homme pluriel. Les ressorts de l’action. Paris : Nathan, 2001 [1998].

Lévy, Maurice. “Unde hoc monstrm?”, Frankenstein, dir. Gilles Ménégaldo, Paris : Éditions Autrement, 1998, p. 14-15.

Schaeffer, Jean-Marie. Pourquoi la fiction ? Paris : Seuil, 1999.

Searle, John. Sens et expression. Études de théorie des actes de langage. Paris : Minuit, 1982 [1979].

Wunenburger, Jean-Jacques. L’imaginaire. Paris : PUF, 2003.

À propos de cyborglitteraire

Maitresse de conférences - Université Savoie Mont Blanc Départements de Lettres & Hypermédia-Communication Laboratoire LLSETI, équipe G-SICA
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