Le corps entre imaginaires et sensorialités

Journée d’études « Le corps entre imaginaires et sensorialités » organisée le 27 Avril 2017 à l’Université du Maine.

La place du corps dans la société urbaine contemporaine est visiblement inflationniste. Le phénomène est visible à tous les niveaux et s’inscrit dans les rapports de genre, chez les adultes, mais aussi chez les jeunes, qui croient pouvoir résoudre leurs angoisses liées à la rencontre avec l’autre en surinvestissant le corps. Cette journée d’études sera l’occasion de chercher à comprendre ce que véhicule l’affichage ostentatoire de cette valeur du corps et les raisons pour lesquelles la société actuelle y est si sensible. Nous interrogerons les imaginaires du corps et les nouveaux modes de sensorialité qui s’y rattachent afin de comprendre en quoi le corps est à l’heure actuelle non seulement un enjeu de savoir mais aussi de pouvoir, y compris de pouvoir violent, ainsi qu’en témoigne par exemple l’hypersexualisation des enfants, et notamment des petites filles, dans certains médias et pratiques publicitaires. Car dans la société contemporaine où les individus sont appareillés de toutes sortes de machines issues des nouvelles technologies qui conduisent à une apparente dématérialisation des rapports et des liens sociaux, le corps fait paradoxalement retour sous forme souvent brutale et extrême, dans des pratiques corporelles chez les adultes comme chez les jeunes, qui révèlent des imaginaires corporels où la sensorialité occupe une place de choix, pour le meilleur ou pour le pire. On pense ainsi à la richesses des nouvelles formes de création artistique et littéraire en ligne qui permettent au spectacteur et au lecteur une approche participative, multisensorielle et interactive des œuvres. Mais on pense également aux situations de harcèlement et de mises en scène réifiantes des corps féminins et masculins facilitées par le fonctionnement des réseaux sociaux en ligne. Ces imaginaires du corps ont pour l’instant été très peu analysés, ou bien par le biais d’entrées purement disciplinaires. Cette journée d’études sera l’occasion d’étudier cet objet émergent et inscrit dans l’actualité la plus récente par le biais d’une méthodologie croisée faisant dialoguer les disciplines dans leur approche spécifique des corps comme cibles, terrains d’expérimentation et enjeux culturels, représentationnels et idéologiques. Ces nouveaux imaginaires du corps seront également rapportés à la question de l’origine et de l’identité. En effet, ainsi que le montre la pièce d’Angelica Liddel « Que ferais-je moi de cette épée ? » créée à Avignon en juillet 2016 pour exprimer l’horreur des attentats de Paris, l’époque et la société contemporaine sont fascinées par l’archaïque, et la présence invasive du corps dans le champ social manifeste un désir de réinterroger les origines de l’homme. Dans les contextes de conflits armés, le corps, et particulièrement le corps féminin dans sa fonction reproductrice, est instrumentalisé et utilisé comme cible privilégiée de la violence. D’un point de vue psychologique, le corps semble constituer l’incontournable bloc de réel de la condition humaine et sa limite biologique. Tant les discours que la culture queer remettent pourtant en cause le caractère limitatif d’une conception purement organiciste et binaire d’un corps sexué dont la limite biologique est repoussée dans les pratiques chirurgicales transexuelles et les appareillages prosthetiques du corps. La mécanique symbolique en appelle ainsi à l’imaginaire pour tenter le dépassement de cette limite en convoquant les augmentations corporelles permises par les nouvelles technologies afin de multiplier les émotions et les sensations, où l’on voit que les nouvelles technologies engendrent beaucoup plus qu’une plus-value technique : quel que soit le champ d’expression et d’action investi par le sujet (littérature, cinéma, jeux vidéo, danse, sport, théâtre, culture de genre, etc.), la société actuelle témoigne d’une quête de détachement corporel alors même que l’obsession du corps est omniprésente.

Cette journée d’études, en écho à la journée d’études « Cyber-corporéités : esthétiques des interactions corps machine » organisée le 14 octobre dernier à l’Université Savoie Mont-Blanc (Laboratoire LLSETI), visera ainsi à explorer les modalités singulières de ce paradoxe et à interroger les catégories corporo-psychiques en jeu dans le sentiment d’exister, ainsi que leurs représentations. L’exacerbation des sensorialités à l’époque contemporaine qui semble indiquer que le temps des sentiments est révolu et que c’est leur racine biologique et émotionnelle qui est devenue le parangon de l’expression, comme si le « ressenti » devenait plus important que le « pensé », sera au cœur de nos échanges. Ainsi, nous explorerons l’hypothèse d’une augmentation corporelle pour un gain sensoriel, qu’il s’agisse du plaisir, de la peur, de l’effort ou même du rêve, afin d’examiner comment nos représentations contemporaines construisent la chimère selon laquelle le réel peut confondre l’imaginaire.

Comité d’organisation : Anne-Laure Fortin-Tournès

Programme  :

10h Elisabeth Marion (psychanalyste, le Mans) et Yohan Trichet (laboratoire de psychopathologie et psychologie clinique U de Rennes 2): « Et la science créa la femme virtuelle »

10h30 Annie Rolland (LPPL U d’Angers): « L’adolescent entre corps virtuel et corps de rêve »

11h15 Joanne Lalonde (sémiologie des arts visuels UQAM): « Le tournant matériel et corporel du numérique »

11h45 François Joseph Lapointe (Ecologie moléculaire et évolution, U de Montréal): « Frontières du corps et limites du soi : vers une nouvelle définition de l’individu holobionte»

14h30 Anais Guilet et Jacques Ibanez-Bueno (LLSETI Université de Savoir Mont Blanc): « Sam ex machina : une analyse phénoménologique d’un objet filmique »

15h00 William Gleeson : « La disparition du corps guerrier. Corporalité et deuil dans la photographie de guerre contemporaine »

15h45 14h30 Sylvain Villaret (VIPS Le Mans): « Le naturisme : une histoire des corps dans la modernité (19e-20e siècles) »

16h 15 Anne-Laure Fortin-Tournès (3LAM Le Mans): « Corps et subjectivité numérique dans la littérature hypertextuelle »

16 h 45 Synthèse de la journée

 

À propos de cyborglitteraire

Maitresse de conférences - Université Savoie Mont Blanc Départements de Lettres & Hypermédia-Communication Laboratoire LLSETI, équipe G-SICA
Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>