Poétiques et esthétiques numériques tactiles: Littérature et Arts

J’ai le plaisir d’annoncer la parution d’un cahier virtuel  sur le site du laboratoire NT2, consacré aux Poétiques et esthétiques numériques tactiles: Littérature et Arts . Il est édité en collaboration avec Emmanuelle Pelard, chercheur en sémiotique de l’université du Luxembourg.

Considérer, concevoir, problématiser et théoriser une esthétique (art visuel) ou une poétique (littérature) des œuvres hypermédiatiques s’avère essentiel quant aux évolutions constantes et aux changements que le numérique entraîne sur les formes d’expression, les modalités et les supports empruntés. D’une part, nous interrogerons les éléments qui créent la poéticité ou l’esthétique des œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles. Autrement dit, comment procèdent et d’où naissent leurs qualités littéraires et esthétiques? D’autre part, nous nous intéresserons aux éléments de nature poétique dans les œuvres littéraires pour écrans tactiles: sont-ils similaires à ceux opérant dans les œuvres pour écrans non tactiles? C’est-à-dire, est-ce que la poétique ou l’esthétique des œuvres pour écrans tactiles possède les mêmes traits définitoires que celle des autres œuvres hypermédiatiques? Cette dernière interrogation entraîne elle-même une série de questions: s’il y a des différences sur le plan poétique et esthétique entre les œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles et celles pour écrans non tactiles, comment caractériser cette évolution? Aussi, quels sont l’impact et le rôle que joue l’interactivité accrue par la dimension tactile dans ces œuvres hypermédiatiques? En regard de l’Histoire courte des humanités numériques, il faudra donc également analyser et mesurer l’impact de l’inclusion de la technologie tactile sur les réflexions préalablement engagées. Quels gestes et manipulations, quels processus lecturaux, quelles esthétiques nouvelles engagent-elles? Comment ces gestes et opérations ou figures de manipulation, renouvelés dans une certaine mesure par les possibilités du support tactile, sont-ils partie intégrante de l’esthétique de l’oeuvre hypermédiatique?

Ce dossier nous permettra d’envisager plusieurs types d’œuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles:
D’abord les œuvres narratives, parmi lesquelles nous incluons les fictions comme Besides Myself: An Interactive Novel for the Ipad (2012) de Jeff Gomez, L’Homme Volcan (2011) de Mathias Malzieu, ou Device 6 (2013) édité par Simogo AB, de même que les oeuvres à caractère documentaire comme Derrière le miracle (2011) réalisé par we+are interactive ou Life: a journey (2012) de Jürgen Neffe par Libroid.  Entrent également dans cette catégorie les versions numériques des œuvres de Mark Z. Danielewski, The Fifty Year Sword et The Familiar Volume 1: One Rainy Day in May, étudiées par Côme Martin dans son article intitué «« An experience that you can’t get in other media »? Du livre à l’écran, deux adaptations des œuvres de Mark Z. Danielewski», ainsi que les oeuvres de littérature jeunesse analysées par Eleonora Acerra dans «Poétique des oeuvres hypermédiatiques dans un corpus d’adaptation de littérature jeunesse». Le récit graphique et la bande-dessinée, à l’image de Guerre de 1812 (2012) créé par NFB Digital Studio ou de Je vous ai compris (2013) édité par Magnificat Films, seront aussi représentés à travers l’article de Valérie Dupuy consacré aux Webtoon: «Le webtoon, une esthétique de l’hypotypose».

Il existe également un corpus d’œuvres de poésie que To this Day (2013) de Shane Koyczan et Moving Tale, les P.o.E.M.M. (Poetry for Excitable [Mobile] Media, 2014) de Jason Edward Lewis, Spine Sonnet (2011) de Jody Zellen ou le cycle de poésie du signe de Jörg Piringer peuvent exemplifier. Emmanuelle Pelard nous proposera une réflexion sur les éléments d’une poétique de ces pratiques hypermédiatiques de poésie pour écrans tactiles, dans un article intitulé: «Poétique de la poésie numérique pour écrans tactiles». L’article de Serge Bouchardon, Hélène Caubel et Pierre Fourny, «Les écrans mobiles et tactiles: des lieux de spectacle vivant? Le cas de la Poésie à 2 mi-mots», viendra en contrepoint illustrer le point de vue de la recherche-création sur la construction de ces nouveaux objets littéraires mais aussi artistiques, offrant ainsi une transition vers notre quatrième type d’oeuvres hypermédiatiques pour écrans tactiles. Dans une perspective de recherche-création proche de celle de Bouchardon et al., Marc Veyrat et Franck Soudan, dans l’article «Le Jardin des Délices: la trans-apparence ou le toucher de l’ange», nous offriront une approche originale des pratiques artistiques moins centrées sur le texte que sur l’image, saisissant ainsi la question du tactile à bras le code.

Qu’il s’agisse de la Poésie à 2 mi-mots ou du Jardin des délices, nous avons affaire à des oeuvres ouvertes sur leur extérieur, qui contrairement à d’autres productions pour écrans tactiles mobiles, comme par exemple celles de Danielewski ou les oeuvres jeunesse étudiées par Eleonora Acerra, s’inscrivent résolument dans le flux et jouent à plein des fonctions de l’écran relié. C’est également ce type d’oeuvres qui intéresse Alexandre Gefen et Claire Jeantet dans leur article «Le livre hors le livre» consacré aux oeuvres à caractère littéraire utilisant la géolocalisation, ouvrant de ce fait le texte sur le monde du lecteur.

En guise de conclusion l’article de Diogo Marques «Through the Touching Glass: Literature for Haptic Inter[(surf)aces]», nous proposera une approche plus globale de la navigation sur écrans tactiles, s’intéressant tout particulièrement à sa fonction haptique et à l’interaction, rarement mentionnée, entre la main et l’oeil, à la relation entre les différentes surfaces de verre (celles du monde et celles de l’écran) impliquées dans la littérature hypermédiatique.

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Lectures digitales (l’écran au bout des doigts)

Lectures digitales, est un livre numérique rassemblant dix contributions concernant les pratiques de lecture, d’écriture et d’édition sur les objets nomades connectés et tactiles, publié le 31 décembre 2015 chez publie.net et édité par Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet et Martin Rass,  en collaboration avec le master « Livres et médiations » de l’Université de Poitiers.

Cet ouvrage fait suite au colloque Lectures Nomades qui a eu lieu les 13 et 14 juin 2014, organisé en partenariat avec le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes, la médiathèque de Poitiers et avec le soutien du Laboratoire FoReLL, et de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers.

Le livre est offert gratuitement au téléchargement et disponible sous licence creative commons.

Les pratiques de lecture évoluent. En matière de lecture numérique, les nouveaux outils induisent toujours de nouveaux usages et de nouvelles possibilités. En quoi lit-on différemment sur un outil nomade et connecté (smartphone, tablette, liseuse) ? Qu’y lit-on précisément ? Comment les auteurs, les éditeurs, les chercheurs, les lecteurs appréhendent-ils ces outils ? Quelles nouvelles formes sont développées sur ces supports et comment sont-elles reçues ?

Rassemblées au sein de ce livre, chacune dans son domaine, arts ou recherche, dix contributions tentent d’explorer les champs ouverts par ces interrogations.

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Table des matières

Introduction — Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet, Martin Rass

La lecture digitale, quel modèle ? — Martin Rass

Esthétique de la scission : une lecture littéraire de Beside Myself de Jeff Gomez — Anaïs Guilet

Figures de la lecture « augmentée » dans les romans enrichis pour adultes — Nolwenn Tréhondart

Regards sur l’appropriation des tablettes et des liseuses en tant que support de lecture — Charline Hatton, Matthias Millon, David Guillemin

GéoCulture et la géolocalisation de contenus culturels : enjeux scientifiques d’un service numérique innovant — Olivier Thuillas

Des ruptures dans les routines d’exécution. Sur quelques pratiques de fabrication des livres numériques chez Publie.net — Marc Jahjah

L’hyperfiction Conduit d’aération : entre littérature et design, construction d’un roman augmenté pour tablettes et liseuses — Lucile Haute

Fenêtre augmentée et Flatland : une exposition et une édition numériques — Thierry Fournier, J. Emil Sennewald

L’écran, nouveau support de l’écrit, nouvelle influence ? — Bertrand Sandrez

Écriture et technique : quelle ontologie du livre numérique ? — Isabelle Pariente-Butterlin

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Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans le cadre du colloque International: « Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation » – Paris : 23, 24, 25 novembre 2015

Le 24 novembre à 10h35

Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris

Dans la lignée des innombrables adaptations du chef-d’œuvre de Mary Shelley, Dave Morris, en collaboration avec Inkle et Profile Books, proposent Frankenstein For the iPad and iPhone[1] (2012), une application créée exclusivement pour iOS. L’œuvre se présente comme une nouvelle façon d’expérimenter le classique de Shelley et de l’adapter à l’ère contemporaine en le rendant multimédia et en « immergeant » le lecteur dans un récit composé selon le schéma narratif propre aux livres dont vous êtes le héros.

Cette communication se propose d’effectuer une étude de l’œuvre hypermédiatique et de son travail d’adaptation en s’attachant principalement à analyser les procédés utilisés par Morrris pour favoriser cette immersion (Schaeffer ; Esquenazi) qu’il recherche tant. Si la rhétorique du paratexte met en exergue l’immersion et l’interactivité, qui reposent entre autre sur sa structure hypertextuelle, le récit, tel qu’il est construit par Morris, s’avère finalement nier le plus souvent l’impact du lecteur. Ainsi, ses choix ne composent que d’infimes variations du récit, quand ils ne lui sont pas très directement refusés par le narrateur. De plus, quel que soit le parcours emprunté par le lecteur, le destin du créateur et de sa créature reste inexorablement inchangé. Le paradoxe est que c’est dans cette négation du pouvoir du lecteur que réside, selon nous, non seulement le nœud du travail d’adaptation, mais aussi le pouvoir immersif de l’œuvre de Morris, et ceci à l’encontre même de la rhétorique du paratexte. En effet, comme les personnages de Shelley, le lecteur semble tout à la fois libre et impuissant face à la fatalité d’un récit qui court vers une fin (Kermode) dont nul n’ignore de toute façon les affres.

Tous les procédés employés par Davis et ses collaborateurs, qu’ils favorisent ou non véritablement l’immersion fictionnelle, dessinent en creux une vision du texte sur support numérique, en même temps qu’ils dénotent, on le verra, d’une totale méconnaissance de l’histoire des pratiques hypermédiatiques. Pour appuyer cette remarque, nous effectuerons un parallèle avec une autre adaptation hypertextuelle de Frankenstein, celle de Shelley Jackson : Patchwork Girl (1995).

Bibliographie indicative

Dadoun, Roger. “King Kong : du monstre comme dé-monstration”. Littérature, N°8, 1972. Le fantastique. pp. 107-118. /web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1972_num_8_4_1061, consulté le 08 juin 2015

Esquenazi, Jean-Pierre. La vérité de la fiction. Comment peut-on croire que les récits de fiction nous parlent sérieusement de la réalité ? Paris : Lavoisier, 2009.

Jackson, Shelley (1997). « Stitch Bitch: the Patchwork Girl », Transformations of the Book, MIT, en ligne: http://web.mit.edu/comm-forum/papers/jackson.html

Joyce, Elisabeth (2003). « Sutured Fragments: Shelley Jackson’s »Patchwork Girl » in Piecework » dans Van Looy, Jan; Baetens, Jan (éd.),Close Reading New Media: Analyzing Electronic Literature. Louvain: Leuven University Press, pp. 39-52.

Kermode, Franck. The Sense of an Ending. Oxford & New York: Oxford University Press 2000 [1966].

Lahire, Bernard. L’homme pluriel. Les ressorts de l’action. Paris : Nathan, 2001 [1998].

Lévy, Maurice. “Unde hoc monstrm?”, Frankenstein, dir. Gilles Ménégaldo, Paris : Éditions Autrement, 1998, p. 14-15.

Schaeffer, Jean-Marie. Pourquoi la fiction ? Paris : Seuil, 1999.

Searle, John. Sens et expression. Études de théorie des actes de langage. Paris : Minuit, 1982 [1979].

Wunenburger, Jean-Jacques. L’imaginaire. Paris : PUF, 2003.

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Text/ures de l’objet livre : hybridation, transposition, transmédiation

Programme du Colloque international « Text/ures de l’objet livre: hybridation, transposition, transmédiation »– Paris, 23, 24, 25 novembre 2015 

Serions-nous, comme le proclame François Bon, « après le livre » ?
Citant notamment Walter Benjamin, pour qui au début du vingtième siècle « tout indique maintenant que le livre sous sa forme traditionnelle approche de sa fin », Bon se fait la réflexion suivante : « Et si le fait que cette phrase ait été écrite et publiée en 1927 par un penseur essentiel indiquait seulement que l’idée de rupture est peut-être inhérente au livre qui n’a jamais vraiment eu de forme ‘traditionnelle’, en tout cas aucucune qui puisse participer de la définition même du livre, si tant est (avec Kant par exemple) qu’on puisse parvenir à la produire ? » (Après le livre, 123) À cet égard, Johanna Drucker, s’appuyant quant à elle sur la pensée de Jerome McGann, souligne le dynamisme propre au support livresque : « Un livre n’est jamais identique à lui-même. Un livre n’est pas artefact statique et inerte que l’on referfe sur sa couverture » (« A book is never ‘self-identical’. A book doesn’t close on itself as a static, inert artifact between boards or covers. »)

De telles lectures invitent alors à l’élargissement de la définition de l’objet-livre, dont la matérialité peut-être étendue au-delà du seul codex pour inclure les dispositifs numériques. La question que nous souhaiterions soulever à l’heure où l’on pose volontiers une nouvelle « fin du livre » est alors celle, plutôt, du redéploiement de l’objet-livre autour de ce qu’on pourrait appeler sa textualité. Tandis que les livres-objets soulignent des potentialités livresques jusqu’ici peu développées, ces textures nouvelles et/ou réinventées au prisme du numérique révèlent simultanément la part que jouent l’hybridation, la transposition ou la transmédiation dans nos pratiques textuelles contemporaines, de la conception d’une oeuvre à sa lecture/performance, en passant par sa réception critique ou son archivage.

On pourra alors s’intéresser à l’influence réciproque des modalités propres au livre d’une part et aux jeux vidéo d’autre part. On pourra ainsi étudier par exemple la façon dont la poétique d’oeuvres papier ou numériques a pu être incorporée et/ou transformée par les codes vidéoludiques. Comment le livre et, au-delà, ses modalités de lecture, sont-ils plus généralement retravaillés par d’autres médias ? Au-delà du parcours narratif dévoilé par un clic de souris, par exemple, que se passe-t-il quand le sens se déploie dans le toucher, l’exploration et le jeu, comme c’est le cas des oeuvres sur tablette qui demandent à être secouées, retournées ou grattées pour passer au tableau/écran/niveau suivant ? Ces mouvements caractéristiques des jeux vidéo et de leurs dispositifs construisent-il une nouvelle forme de lecture-jeu et peuvent-ils à leur tour être transposés ou transmédiatisés dans le livre imprimé ? Quelle est alors la part, dans les pratiques que nous faisons de ces objets, de la narration, de la simulation, de la manipulation, et comment celles-ci travaillent-elles la texture même de l’oeuvre ?

Quel type d’archivage — sur un plan à la fois concret et épistémologique — exigent alors ces oeuvres au sein desquelles se brouillent les notions de lecture, d’écriture et de performance ? En dépliant le support de son information, le processus de l’archivage numérique oblige à repenser les chaînes de matérialités de toute forme de document. Il s’agit alors d’interroger la manière dont la chaîne même de transmission et de conservation des inscriptions, informe ou déforme la texturalité du livre. Par la recherche d’éléments de comparaison en dehors des justifications du « Texte », le colloque se propose également de recueillir les expériences de pratiques d’inscription et de dispositifs d’écritures, situés à distance de la narration et que l’on a l’habitude de regrouper sous le terme d’« archives ».

Ce colloque s’inscrit dans un projet tri-annuel soutenu par le Labex Arts H2H « Text/ures : l’objet libre du papier au numérique » (http://www.labex-arts-h2h.fr/fr/text-ures-l-objet-livre-du-papier.html) qui explore la gamme d’objets hybrides que sont les livres d’artistes, les livres animés, les ouvrages composites de la littérature contemporaine, les livres sculptures ainsi que les nouveaux livres numériques, qui chacun à leur façon, par leur appartenance à la fois au domaine littéraire et à la culture graphique ou plastique échappent à toute tentative de classification. Par text/ures, on entend explorer le rapport entre le texte et sa matière, la façon dont il est mis en relief, voire activé par des mécanismes papier ou numériques. A qui s’adressent ces objets livres ? Quelle(s) temporalité(s) de lecture nécessitent ces ouvrages? Quels modes d’accès au sens convoquent-ils ? Plus largement, sont-ils voués à être vus, lus, exposés, dépliés, manipulés, collectionnés, conservés ? L’idée est de travailler au cœur de la matière pour explorer aussi bien les assemblages du texte que ses déploiements haptiques.

Lundi 23 novembre – Archives Nationales

9h : Ouverture Françoise Banat-Berger (Directrice des Archives), Alexandra Saemmer (LABEX Arts H2H), Gwen Le Cor, Stéphane Vanderhaeghe

9h30- 10h35: Joseph Tabbi (University of Illinois, Chicago), Relocating the Literary: Imaginings of E-Literature in the Print Fiction of Robert Coover, Thomas Pynchon, William Gibson, and Joshua Cohen

10h35-11h10: Andrew Roberts (University of Dundee, Scotland) and Theresa Muñoz, “Materiality of Language in John Cayley’s theory and practice”

11h35- 12h10 : Sylvia Chassaing (Université Paris VIII), “Pratiques du livre et imaginaires du texte dans Un livre blanc de Philippe Vasset et Œuvres d’Edouard Levé”

12h10- 12h45 : Hélène Raymond (Université Paris Ouest Nanterre), “Le livre et la mémoire numérique : étude de cas”

14h15- 16h : PANEL, “From the Ephemeral to the Everlasting: Zines and Monumental Novels in a Digital Era”, Kiene Brillenburg Wurth, Sara Rosa Espi, Inge van de Ven (Utrecht University, Netherlands) and Anna Poletti (Monash University, Australia).

16h15 – 17h30 : « Le devenir de l’objet-archives dans le monde numérique: regards croisés et contrapuntiques », table ronde animée par Pierre Marcotte (Archives Nationales).

Mardi 24 novembre, Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs

10h- 10h35 : Côme Martin (Université Paris IV Sorbonne), “Transmédialité et interactivité: de l’objet-livre à la fiction rhizomatique”

10h35- 11h10 : Anais Guilet (LLSETI, Université Savoie Mont Blanc), “Dans la peau de Frankenstein : Rhétorique et procédés de l’immersion fictionnelle dans Frankenstein for the iPad and iPhone de Dave Morris”

11h30-12h05: Alice Rime (Université Paris VIII) “Lire, écrire, performer. Livres chorégraphiques”

12h05-12h40 : Virginie Foloppe (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), “Je suis Alice. Folle de Vincent. Du papier à la chair digitale.”

14h00- 14h35: Mehdy Sedaghat Payam (Sobhe Sadegh Institute of Higher Education, Iran), Ph.D., “Texturality of the Books before the Digital Age” (W. Gass)

14h35-15h10: Piotr Marecki, (Uniwersytet Jagiellònski, Poland), “Strategies for augmenting books. Andrzej Głowacki’s archetypture as a model for literature”

15h40-16h15 : Anne Zeitz (Université Paris VIII), « Ici le froid exerce une toute puissante tentation – La « texturalité » de la contre-observation »

16h15-16h50: Ariane Savoie, « Textures du récit: du livre à l’œuvre numérique. »

17 h Rotonde : cocktail au sein de l’exposition « Livres et revues d’art sur support numérique : un état des lieux »

Mercredi 25 novembre, Université Paris 8

9h45-10h20: Karin Nygård (Oslo and Akershus University College of Applied Sciences, Norway), “From Work to Text to … Yoga? On Tan Lin’s Uncontainable “

10h20- 10h55: Nicola Rodger (Monash University, Australia), “HOW THE BOOK BECAME A MUG, and other adventures in transposition”

11h25-12h25 : Ellef Prestsæter (University of Oslo, Norway) Michael Murtaugh and Nicolas Malevé (SICV, Active Archives) « Paginated Vandalism: Asger Jorn’s Book Machine”

14h15 -14h50: J.R. Carpenter (Eccles Centre, British Library), “Generating Books: Print Publications as Snapshots of Digital Literary Processes”

14h50-15h50: Giovanna Di Rosario (Université de Louvain, Belgique), Nohelia Meza (Universitat Pompeu Fabra, Barcelone, Espagne) , “Texture, Polyphony, and Digital Rhetoric, Reading Déprise by Serge Bouchardon and Vincent Volckaert”

16h20-17h30 : Shelley Jackson (The New School, NYC) : “I Hold it Towards You: a Show of Hands”

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Littérature numérique et Performance

Le centre de recherche MARGE s’installe à la Villa Gillet de Lyon, le 27 mai 2015, pour une journée d’études « Littérature numérique & performance ».

Il s’agira d’interroger l’écriture numérique comme performance, et l’écriture numérique pour la performance : en quoi le support numérique détermine-t-il une forme spécifique de performance ? (en savoir +)

Télécharger le programme de la journée d’étude.

Ma communication portera sur la Twittérature :

Littérature et gazouillis : la Twittérature comme performance

Je me propose d’aborder la fugace existence de la Twittérature. Ce mot valise cache, sinon un courant littéraire autoproclamé, du moins une pratique numérique du texte dont l’avènement fut aussi rapide que le déclin (2008-2013). J’aimerais analyser quelques unes des ces expériences littéraires en me servant de la performance artistique comme d’un outil pour comprendre la nature expérimentale de la Twittérature en même temps que ses apories.

Après un bref historique, je décrirai les différentes pratiques littéraires sur Twitter, excluant le simple usage du réseau par les écrivains à des fins d’autopromotion. Je m’intéresserai plutôt aux projets littéraires qui ont été spécifiquement déployés sur la plateforme de micro-blogging et l’emploient comme une contrainte créatrice. Pour décrire ces pratiques, je proposerai une typologie qui distingue les œuvres préalablement écrites diffusées sur Twitter (ex : The French Revolution de Matt Stewart) où Twitter est seulement une interface de publication ; les œuvres où Twitter est une interface d’écriture dont certaines peuvent par la suite faire l’objet d’une remédiatisation en livre (ex : La quatrième théorie de Thierry Crouzet) quand d’autres non (ex : Kurt Witter de Lucien Suel); puis finalement les démarches littéraires inspirées de Twitter ou qui le simulent sans jamais y avoir été diffusées (ex: Twitterature: The World’s Greatest Books in Twenty Tweets or Less d’Alexander Aciman et Emmett Rensin).

Ce seront les œuvres de la seconde catégorie qui retiendront finalement mon attention car ces expériences créatives, qui se sont déroulées dans un laps de temps précis, par exemple, pour Croisade, Thierry Crouzet a tweeté du 25 décembre 2008 au 1er avril 2010, relèvent sous bien des aspects de la performance.  La twittérature semble renouer avec une temporalité proche de celle de l’oral où le message ne se révèle, pour reprendre la citation de Paul Zumthor présente dans l’appel à communication, qu’« au fur et à mesure de son déroulement, de manière progressive et concrète »[1]. Aussi, pour un auteur, écrire sur Twitter c’est presque instantanément être lu. Comme dans les performances artistiques, la contemporanéité de la création est celle de sa réception. Les tweets sont suivis par les lecteurs qui sont partie prenante de la création de l’œuvre puisqu’ils la commentent et la relaient en retweetant. Le lecteur se fait prescripteur et relecteur privilégié d’une œuvre sur laquelle il peut éventuellement influer puisque l’auteur a accès à ces commentaires et peut ainsi prendre connaissance de la réception de ses textes.

L’intérêt principal de la Twittérature semble être d’appartenir à cette « littérature contextuelle »[2] décrite par David Ruffel et de proposer de nouvelles médiations pour le texte. A l’instar de la performance, des projets d’écriture sur Twitter comme Tweet rebelle de Jean-Yves Fréchette sont ontologiquement liés à une démarche expérimentale, ce qui explique en partie la rhétorique prégnante dans le péritexte des expériences de twittérature qui revendique un statut de pionner[3].

Dans la Twittérature comme dans les performances artistiques,  l’expérience de l’œuvre compte plus que son résultat. A ce titre, l’enjeu de la twittérature réside bien plus dans la découverte quotidienne et fragmentaire d’une œuvre en train de s’écrire que dans l’œuvre close telle qu’elle se manifeste dans le livre qui en résulte parfois. Par ailleurs, la publication papier peut être considérée comme la trace, l’archive de la performance littéraire de Twittérature. Or, comme les performances, ce sont  le dispositif spécifique dans lequel les textes ont été créés et la temporalité dans le cadre de laquelle ils évoluent qui sont au cœur du projet littéraire des auteurs. Les œuvres appartiennent au flux du Web[4] qui s’oppose catégoriquement à la stabilité du livre. Par conséquent, la remédiatisation en livre dont la Twittérature fait fréquemment l’objet apparaît paradoxale. En effet, les aspects expérimentaux, performatifs et novateurs des œuvres s’atrophient une fois transférés sur papier. Les œuvres de Twittérature, dont la présence sur le réseau apparaissait comme une manière d’échapper au monopole symbolique du livre et par là-même de remettre en question la rigidité de la chaîne éditoriale, voient ainsi toute leur force subversive et réflexive s’évanouir face à une remédiatisation qui semble trahir la démarche expérimentale des auteurs.

Télécharger le powerpoint de la communication.


[1] Paul Zumthor, Introduction à la poésie orale, Paris, Seuil, 1983, p. 40.

[2] David Ruffel, « La littérature contextuelle », Littérature n° 160, décembre 2010.

[3] Le « premier twiller[3]» français sur Twitter pour Crouzet et le « premier institut de twittérature comparée » pour Fréchette et LeBlanc. N.b. Twitter+ thriller = Twiller

[4]Cf. Bertrand Gervais et Anaïs Guilet, « Esthétique et fiction du flux. Éléments de description », Protée, Vol.39, n°1, Université du Québec à Chicoutimi, 2011.

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